Le barrage pouvait être largement assuré au 1er tour, Marine Le Pen risque d’être élue au second. Tel est le paradoxe de ce scrutin.

Cette publication s’adresse aux leaders de la gauche traditionnelle ainsi qu’aux français lambda abstentionnistes, ou qui ont voté pour leurs convictions en persistant dans leur choix de Roussel, Jadot ou Hidalgo.

Les résultats de ce premier tour de l’élection présidentielle montrent clairement que Marine Le Pen à 23% pouvait être éjectée dès ce premier tour par Jean-Luc Mélenchon à 22%. Cette véritable libération de cet odieux chantage qui empoisonne la vie politique depuis 2002 n’aura donc pas eu lieu.

 

Les premiers responsables au sens de la responsabilité historique de ce tableau désastreux et cauchemardesque de second tour sont bien évidemment les trois partis de cette gauche traditionnelle qui savaient parfaitement et en conscience que poser leurs candidatures aurait comme forte probabilité le résultat que nous avons vu s’afficher : empêcher Mélenchon d’accéder au second tour et donc permettre le duo Macron/Le Pen. Sachant cela aucun d’eux n’a renoncé tout en piaillant leur impatiente  volonté de faire barrage à Le Pen … au second tour. Ils ont dès lors transformé leur potentielle étoffe de chef d’Etat en haillons de margoulins.

Mais au-delà d’un effet politique à obtenir, ces candidatures recouvraient une fonction de survie. Alors que la France est au bord du gouffre, leur seul souci est de maintenir hors d’eau leurs appareils politiciens moribonds en vue notamment des législatives et au-delà afin de conserver  quelques sièges et pouvoir ainsi continuer à financer leur parti.

De ce point de vue c’est échec et mat puisque ils en sont réduits à faire l’aumône en direct à la télévision, une sorte de Jadoton ou de Pécreston. Nous avons pu également assister à un duo de comiques troupiers quand sont arrivés tour à tour Anne Hidalgo presque en courant, grand sourire aux lèvres nous annoncer ce dont elle avait hâte de nous faire officiellement part depuis qu’elle avait déposé sa candidature, « j’appelle à voter Macron », et Fabien Roussel commençant son intervention par un soulagé « Voilà nous y sommes », comme pour souligner avec un plaisir non dissimulé son appel à voter Macron tout en se décernant un auto satisfecit pour avoir reconstitué un grand parti des luttes. Canabis ? Coke ?  

 

Quand on s’attarde sur l’Histoire profonde et que l’on regarde l’Histoire récente rien ne leur permettait, rien ne les autorisait à mettre sciemment tout en œuvre pour aboutir à ce cas de figure. Ils n’en avaient politiquement pas le droit.

Pourtant ils l’ont fait, sans vergogne, et en envoyant dans un cul de basse fosse les urgentes aspirations sociales, écologiques et démocratiques d’un peuple épuisé, égaré, désespéré, harassé, certains mettant en avant, avec un culot monstrueux et une hypocrisie cruelle, l’horizon radieux des futures luttes pour s’opposer aux régressions sociales annoncées par celui pour lequel ils appellent à voter en s’octroyant des airs vertueux, sachant pertinemment que des citoyens désespérés ne se mobiliseront pas.

Ils appellent donc à voter Macron, certains espérant sans aucun doute des places.

Mais le scénario pourrait bien être tout autre car à défaut d’avoir aidé à écarter Le Pen dès le 1er tour, celle-ci pourrait bien être élue au second.

Et dans cette responsabilité institutionnelle je n’oublie pas les structures syndicales et notamment celle de la CGT quasi totalement et aux divers échelons noyautée par un PCF néolibéral, une CGT qui est en train depuis quelques années de se liquéfier par sa base, en perte de vitesse partout, situation que ses dirigeants ignorent superbement, et c’est cette CGT qui va appeler à une « rentrée sociale chaude en septembre ». Plutôt en rire qu’en pleurer !

 

Mais il est clair que cette responsabilité est en partie partagée par tous ceux qui se sont abstenus, et ceux qui ont voté pour les candidats de la gauche traditionnelle qui n’avaient strictement aucune chance, car que ce soit Macron ou Le Pen, les plus fragiles vont en pâtir durement et les plus aisés devront s’accommoder d’un pouvoir de chiens jusqu’à ce qu’ils soient eux-mêmes mordus à pleine chair.

Des réactions il y en aura certainement mais elles seront violentes non pas spécifiquement du fait des protestataires exaspérés mais du fait du pourvoir exaspérant qui ira encore plus loin qu’il ne l’a été pendant la séquence des gilets jaunes par exemple, les choix politiques et économiques macronistes ou lepénistes étant en effet intrinsèquement générateurs de violence.

 

En résumé, ce que les gens vont subir ils le devront au PCF, à EELV et au PS dont les derniers soubresauts leur auront été cruels. Ils le devront aussi en partie à eux-mêmes pour ne pas avoir été assez vigilants voire méfiants face notamment à la lessiveuse médiatique. Quand j’écoute certaines réactions au soir de cette triste séquence je suis atterré devant tant de déni, d’arrogance et de langue de bois de la part de ceux qui ont pris la déculottée.

J’ai 70 ans et après tant d’années d’abnégation dans le militantisme politique au cours des années 1970 et plus tard dans le militantisme syndical d’où j’ai pu voir s’amorcer cette déliquescence du syndicalisme à cause de son caractère de plus en plus catégoriel et fragmenté qui se refusait à toute ouverture sur le champ politique et malgré cette merveilleuse reprise d’espoir militante avec La France Insoumise et l’Union Populaire auprès desquelles je resterai en tant qu’électeur car le chemin est là, je suis éreinté, fatigué, y compris aujourd’hui pour des raisons de santé.

A ceux qui ont cru bien faire en empêchant une nouvelle fois Mélenchon d’accéder au second tour, c’est-à-dire en votant Roussel, Jadot et Hidalgo, à ceux qui n’ont pas su ou pu évaluer que dans une telle configuration politique et sociale l’abstention était un « piège à cons », je vous souhaite bonne chance mais ne vous étonnez pas des manifestations maigrelettes, ou des grèves sans issues, minoritaires et très chères. Malheureusement les faux pas, grossières erreurs ou choix volontairement à dessein de responsables politiques sont à coup sûr payés très cher par la base.

 

PS (sans jeu de mots) : Je tiens à remercier profondément Jean-Luc Mélenchon pour son travail titanesque, sa détermination, son désintéressement, son investissement, son oubli de lui-même dans les combats menés, son talent, son humour, sa culture qu’il a partagés, sa force de conviction, sa droiture, sa fidélité aux engagements, son enthousiasme renouvelé, son optimisme, son acuité politique, toutes ces qualités qui lui ont fait survoler tou-te-s ses concurrent-e-s dont pas un, pas une ne lui est arrivé-e à la cheville.

Tu as bien mérité de te reposer et de profiter de ton droit au retrait même si, je le sais, tu seras toujours disponible en cas de besoin. Et merci aussi d'avoir su préparer la suite avec une équipe formidable, compétente, imprégnée de ton enseignement.

Salut à toi, tribun du peuple, philosophe, diseur de poésies qui m’a redonné le goût de la politique !

Retour à l'accueil