Merci de sauver l’honneur de la gauche mis à mal par l’effondrement politique et moral du Parti socialiste, des Verts, du Parti communiste.

Didier ERIBON, sociologue, remerciant Mélenchon

Cela apparait aujourd’hui avec une netteté sidérante, ce dont 2017 fut la mise au grand jour. Mais en réalité ce n’est pas nouveau pour qui s’intéresse en profondeur à la transformation du paysage politique français. Je veux parler ici du positionnement idéologique et de l’action des partis politiques dits « de gauche » qui peu à peu, au cours de ces trois dernières décennies ont abandonné toute velléité de transformer la société. Ils sont devenus non seulement très arrangeants avec le néolibéralisme mais ils ont même contribué activement à son renforcement et ce de façon délibérée dans un chassé-croisé entre le champ  national et le champ européen. Une vie politique de gestionnaires de l’existant, du suivisme sans frein des exigences de l’idéologie dominante ou d’opposants facilitateurs  a-t-elle sans doute été plus confortable que les difficultés, les incertitudes et la dureté d’une lutte frontale portant les bifurcations profondes dont notre pays a besoin. Oui aujourd’hui c’est très clair : la sauvegarde d’appareils moribonds pour s’accrocher à quelques places rassurantes est un objectif essentiel et assumé par ces partis, sans doute plus motivant que de s’atteler avec ténacité et conviction à reconstruire les Jours Heureux sur la base d’un programme de rupture avec le paradigme néolibéral destructeur.

 

Qu’un mouvement qui porte cette rupture voit le jour et s’enracine en éclipsant ceux qui ont failli, et voilà que, plutôt que de s’interroger sur les raisons de leur quasi dépôt de bilan, d’aider à contribuer à ce renouveau en appuyant un programme issu des profondeurs du pays, ces derniers n’ont d’autres ambitions que celle d’empêcher ce mouvement transformateur de mettre le pays sur de nouveaux rails en propageant en permanence avec l’aide des médias que le souci avec ce mouvement c’est l’ego de son leader ! Sur le fond : néant et c’est bien là que le bât blesse. C’est l’art de la méthode : psychologiser le débat évite de débattre sur le fond.

 

Pour l’élection présidentielle de 2017 nous avons assisté aux trahisons innommables au sein du PS suite aux résultats de la primaire, aux fuites massives de responsables et élus PS vers LREM qui ont certifié ce glissement à droite de la « gauche social-démocrate » enclenché depuis longtemps ; trahisons internes somme toute logiques après avoir trahi le peuple et les idéaux et valeurs de gauche. Le maintien de Hamon, malgré sa défaite annoncée, faisait partie de la stratégie d’ensemble visant absolument à  empêcher l’accès de Mélenchon au second tour.

Le PCF, encore officiellement allié de LFI, n’a en réalité apporté son soutien que du bout des lèvres : je ne l’ai pas beaucoup vu sur le terrain. En vérité ce parti manifestait un agacement certain depuis 2012 : j’avais pressenti à l’époque chez quelques dirigeants une sorte d’inquiétude face au score de 11% de JLM (le PCF sortait de la campagne de 2007 à 1,9%) et, à côté de la joie de nombreux militants communistes, un certain nombre commençait à lâcher de viles critiques contre JLM et notamment sur sa personnalité, sa psychologie, son ego (tiens, tiens.. et le fond ?). Il m’a semblé dès cet instant relativement sûr que le PCF choisirait tôt ou tard la facilité du repliement qui a minima sauverait quelques places et la bicoque délabrée dans une démarche stratégique toujours aussi floue et à géométrie variable comme constatée dans les élections locales qui suivirent en refusant tout accord national sous un label commun avec LFI, optant le plus souvent pour des accords locaux avec le PS. Le Front de Gauche était mort.

 

Et si en 2017 le PCF apporte de nouveau son soutien sans enthousiasme à Mélenchon c’est un peu grâce à l’appui populaire massif dont ce dernier a bénéficié sur la plateforme France Insoumise et parce que les militants avaient eu à se prononcer sur un choix clairement proposé (candidat PCF ou soutien à JLM), ce qui ne fut pas le cas ce 9 mai 2021.

Et je pense sincèrement que le score de 19,5% de JLM a paradoxalement contribué à la rupture actuelle, suite logique au fébrilement manifesté après les 11% de 2012. Que cela signifie-t-il ? Face à la peur de se faire engloutir dans un large mouvement transformateur mais surtout par crainte de perdre des centaines de places d’élus locaux s’il rompait clairement avec le PS néolibéral, l’appareil du PCF préfère renoncer à la transformation profonde de la société, préfère donc perdre l’élection pivot qui structure notre vie politique. C’est une nouvelle fois un mauvais calcul : depuis 2012 s’il préserve certains sièges locaux, il en perd beaucoup. Une spirale infernale.

 

Nous sommes donc rendus à la veille de l’élection présidentielle de 2022, période qui a vu la scène politique infestée de mille et une manœuvres tendant à discréditer Mélenchon dès que celui-ci a proposé une nouvelle fois sa candidature, manœuvres initiées par la nébuleuse social-démocrate (tribunes collectives, individuelles, pétitions, déclarations diverses) jappant « Union, union ! » mais sans Mélenchon ni le programme Avenir En Commun.

La « gauche social-libérale » (PS, EELV..) affiche désormais sans remord son passage à droite non seulement par les soutiens multiples aux (ou non condamnations des) orientations macronistes de plus en plus souvent en porosité marquée avec l’extrême-droite mais également par leur refus d’une sixième République ou de la remise en cause des traités européens, deux des conditions incontournables pour vraiment changer les choses et faire en sorte que les propositions avancées ne soient pas réduites comme par le passé à de ridicules promesses irréalisables. De surcroît on notera qu’à ce jour ils ne sont même pas capables de signer un pacte électoral entre eux.

 

La vraie nouveauté pour 2022 c’est la candidature désormais actée du PCF à l’élection présidentielle. Voici que le parti historiquement des ouvriers, du peuple et des résistants prend une décision qui risque de lui faire jouer le rôle de Hamon de 2017. Son raisonnement de boutiquier précédemment évoqué s’applique donc officiellement au poste pivot de notre système politique. La sauvegarde d’un semblant d’existence de l’ordre de 2% est donc plus importante que le pays et les besoins et les espoirs de notre peuple.

Mais en réalité c’est encore plus grave que cela qui n’est à  la limite que pitoyable. La candidature Roussel apparait comme un ralliement réfléchi, volontaire à la clique des néolibéraux PS, EELV etc. et un choix politique dont il sait très bien qu'il favorise le duel Macron/Le Pen.

Bref les dirigeants communistes qui impriment cette ligne glissent à leur tour, happés par l’idéologie dominante.

 

Mais à force de glisser on tombe à droite, voire pire.

 

Le point d’orgue de cette chute finale d’une grande partie de la gauche traditionnelle, y compris donc le PCF, c’est d’avoir participé à la manifestation des policiers devant l’Assemblée Nationale dont les principaux organisateurs sont des syndicats factieux. Les discours tenus et les tracts distribués ont montré qu’il ne s’agissait nullement d’une manifestation d’hommage et de communion autour de l’ignoble assassinat d’un policier mais bien d’une manifestation politique aux accents séditieux.

D’une ignoble récupération politicienne, cette manifestation et les tendances qui y participaient avaient sans doute aussi pour but « d’isoler » LFI qui, c’est son honneur et celui de nos valeurs) n’a pas appelé à soutenir ce Rassemblement pour le coup National. D’une politicaillerie sans nom d’une extrême dangerosité.

Ainsi, aux côtés de Darmanin ministre de l’Intérieur et de tout le ban et l’arrière-ban de la droite et de l’extrême-droite (Bardella, Mariani, Messiha pour le RN, Estrosi, Wauquiez, Pécresse pour LR, Zemmour chroniqueur idéologue d’extrême-droite et De Villiers royaliste de droite-extrême) se sont joints non seulement les responsables du PS (Faure, Hidalgo) et de EELV (Jadot) mais aussi Fabien Roussel, secrétaire national du PCF. Un véritable cauchemar.

Ces responsables ont atteint le fond des abysses et leur positionnement ne peut bénéficier d'une absolution..

 

Pendant que les organisateurs de cette manifestation exprimaient leur rejet du principe de séparation des pouvoirs, annonçaient que les digues de la Constitution et de la loi devaient exploser, bref pendant que la République a baigné quelques heures dans une odeur nauséabonde rappelant celle de 1934, une voix de résistance et d’honneur, celle de Mélenchon, s’exprimait lors d’une conférence de presse pour dénoncer cette manœuvre de déstabilisation et appeler à la résistance et à la raison.

 

Pour être à la fois juste et complet, et quelque part penser que l’honneur du PCF peut être encore pour partie préservé, il  faut rappeler que des élus et cadres du parti ont dénoncé la présence de Roussel à cette manifestation comme Elsa Faucillon, sachant que de forts remous chez les sympathisants et adhérents PS et EELV ont également secoué ces deux partis, citoyens totalement déboussolés par les actes indignes posés par certains de leurs dirigeants. A noter que chez EELV Eric Piole et Sandrine Rousseau ont refusé cette mascarade.

 

Pour finir j’en profite pour rappeler que malgré la candidature de Roussel, des dirigeants, responsables et élus du PCF soutiennent la candidature de Mélenchon dont notamment Marie-George Buffet, Elsa Faucillon, Sébastien Jumel, Gilles Poux, Stéphane Peu etc..

 

Ainsi, malgré ce triste constat nous pouvons et devons malgré tout demeurer optimistes. Il ne me semble pas envisageable de penser que les sympathisants encore lucides de ces partis qui ont failli votent pour les candidats officiels de ces derniers. Ce qui vient de se passer est un énorme coup de massue qui finalement doit indiquer que la seule voie est le rassemblement massif autour du programme Avenir En Commun dès le  1er tour en soutenant massivement celui qui le porte, Jean-Luc Mélenchon.

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