Pardon aux castors, animaux très utiles pour la biodiversité, d’emprunter leur nom pour l’associer à ceux qui ont jusque-là répondu positivement sans sourciller au slogan « faire barrage » au Rassemblement National. D’autant plus pardon que l’animal fait preuve d’une compétence pointue et d’une grande efficacité comme constructeur de barrages car doté d’une vision clairvoyante de la configuration du terrain, ce qui apparemment ne semble pas être le cas des humains qui se sont laissés transformer en castors à usage opportuniste par injonction culpabilisante de politiciens manipulateurs et sans scrupules, gardiens du temple ultralibéral.

 

Cet ordre venu d’en haut, dont le caractère hautement péremptoire découlait sans doute d’un large consensus d’instances politiques, ne date pas d’hier. Il s’est nationalement imposé en 2002. Il ne souffrait aucune discussion ni analyse politique puisqu’il mettait en scène le « bien » contre le « mal » mais si j’avais déjà la certitude que le mal était absolu il m’était impossible de dire que le bien l’était tout autant. La consigne exhortait les citoyens à agir dans l’urgence d’un instant électoral  alors que ceux qui l’édictaient étaient collectivement responsables d’une situation créée par leur politique économique et sociale et leur lâcheté politicienne matinée d’électoralisme dans le cadre d’un jeu d’apprentis sorciers. On se souvient tous, à 20h00 tapantes, de l’intervention de D. Strauss-Kahn qui en quelque sorte « ordonnait » aux électeurs de gauche de voter Jacques Chirac au second tour. Et tous les responsables politiques de gauche ont défilé en rang d’oignon pour inviter à faire de même. Et cela a très bien fonctionné. Il est vrai qu’à l’époque on était encore loin de la dédiabolisation de ce parti fasciste, que nous étions vraiment en présence du pire et qu’il fallait à tous prix sauver la République sociale, laïque, fraternelle, libre et égalitaire, du moins tel était ainsi enveloppé le bulletin salvateur. Bref c’était le Front Républicain contre le Front National. L’émotion était à son comble et il aurait donc été inaudible voire suicidaire de questionner sur la nature de cette « République Unifiée » à la va-vite (était-ce celle de Thiers ou celle de la Commune ?) sachant par ailleurs que le recentrage des deux grands partis de gouvernement (PS et RPR) vers la matrice libérale, encore obscurci par les coulisses politiciennes, était en route et que ce Front Républicain pouvait servir de facilitateur au développement accéléré du consensus néolibéral. On voyait mal un responsable politique de premier plan, regardant plus loin que la situation présente, mener une analyse critique de ce qui était en train de se passer. Chirac fut donc élu avec 83% des voix, l’affaire était entendue. Qu’a fait Chirac de ses 83%... RIEN, qu’a fait le « camp du bien » pour qu’un tel évènement ne se reproduise pas ? RIEN… si ce n’est en cultiver la mémoire traumatique pour qu’il reste comme une épée de Damoclès en suspension d’un chantage à venir. Les causes d’un tel séisme restèrent sous le tapis tandis que les néolibéraux étaient rassérénés d’avoir compris que ce scénario et sa mécanique sous-jacente pourraient être bien utiles dès lors que l’intensification de la politique libérale allait peu à peu mettre à bas toutes les protections sociales et services publics, créer des colères profondes qui pourraient à leur tour propulser, tel un boomerang, un profond mouvement politique antilibéral qu’il s’agirait alors de contenir coûte que coûte.

 

Les quinquennats de Sarkosy et de Hollande qui suivirent celui de Chirac ont vu, sans étonnement pour beaucoup d’entre nous, l’accélération concomitante de la destruction méthodique de notre Etat social et du rapprochement jusqu’à la similitude des politiques appliquées menant à une dégradation sociale avancée et ce sous l’égide de leur matrice commune à savoir la vision ultralibérale de l’Europe qu’ils ont imposé au peuple français qui l’avait pourtant rejeté en 2005. La mandature de Hollande fut de ce point de vue décisive : non seulement elle a humilié, déconsidéré, abîmé et pour tout dire défiguré la notion de gauche en l’usurpant par la conduite, en son nom, d’une politique contraire à ses fondamentaux mais elle a vu dramatiquement le début d’une politique répressive violente sous la férule de Manuel Vals.

 

Parallèlement on a vu, au cours de ces deux quinquennats, se développer des signes de rejet fort de cette alliance de tous les néolibéraux perçue de plus en plus par les citoyens de gauche comme une trahison, une hérésie. Un rejet qui s’est renforcé jusqu’à devenir une opposition structurée. Cette opposition déterminée mais aussi disponible et crédible pour réorienter tout le pays vers un autre chemin a pointé le bout de son nez en 2012 avec le Front de Gauche et son programme « l’Humain d’abord » (11%) et s’est fièrement déployée en 2017 avec la France Insoumise et son programme « l’Avenir en Commun » (19,5%) dont le contenu est une véritable respiration sociale, démocratique et écologique. Devant la force de ce contenu et la force de conviction de son porte-parole qui a débuté sa campagne début 2016 et qui était donné présent au second tour à trois semaines du premier, la caste oligarchique qui avait probablement senti arriver ce fameux moment évoqué plus haut où il allait falloir rendre des comptes, s’est littéralement affolée. Elle n’a donc pas hésité non seulement à propager les mensonges les plus vils via son système médiatique mais à tout mettre en œuvre pour ressortir le traumatisme de 2002 en appelant et ce dès le premier tour à faire barrage au Front National qui se dénommera sous peu Rassemblement National au terme d’une longue opération de dédiabolisation orchestrée par cette même oligarchie afin de détourner une juste colère vers une voie sans issue permettant juste de renforcer opportunément le parti lepéniste et la peur qui va avec. Il fallait que Macron arrive en tête au premier tour et que Mélenchon ne soit pas présent au second : les castors ont donc commencé leur ouvrage dès le 23 avril et le maintien de Hamon a sécurisé le travail. Ainsi en réalité nous avons assisté à une opération « barrage » contre Mélenchon qui a laissé la place en finale au duo Macron/Le Pen. Un second tour tout à fait conforme aux vœux de la caste oligarchique qui a actionné à fond l’appel au « barrage » anti Le Pen afin que son représentant politique, le néolibéral Macron, soit aisément élu pour parachever la mission de destruction de l’Etat social. La stratégie a une nouvelle fois fonctionné mais avec moins d’allant qu’avec Chirac (66% contre 83%). Je note aujourd’hui avec toujours autant de satisfaction qu’au soir du premier tour, contrairement à 2002, un responsable politique désormais de premier a osé enfreindre l’unanimisme béat mais surtout pervers et tordu quant à la stratégie poursuivie, consistant à appeler à voter Macron c’est-à-dire pour nos libertés, pour nos valeurs de fraternité et de solidarité contre les dérives autoritaires voire dictatoriales, contre la haine et la division….. Un positionnement courageux de Mélenchon  en osmose avec des centaines de milliers de gens qui avaient voté pour lui, soulevant ainsi un tollé prévisible dans le microcosme de la caste médiatico-politique. Au vu de l’expérience Hollande et de ce que je pressentais lors de ce quinquennat qui s’annonçait je me suis abstenu sans trembler, avec une certitude inébranlable dans la justesse politique de l’acte, et en tout cas plus sûrement que je ne l’avais fait en 2002. Et comme en 2002 le « camp du mal » était très justement défini tandis que le descriptif de celui du « bien » sentait le faux-cul à plein nez.

 

Arrivés presque au terme du mandat de Macron nous pouvons établir une sorte de pré-bilan notamment par rapport aux oppositions fondamentales qui séparaient irrémédiablement les valeurs libérales des valeurs lepénistes et qui constituaient le justificatif moral et politique de l’utilisation du concept de « barrage ».

Dans un contexte de régression sociale agressive tous azimuts et d’accroissement fort des inégalités par une captation de plus en plus forte et indécente de la richesse produite par la caste oligarchique, (l’explosion des gilets jaunes et les fortes mobilisations sociales contre par exemple la contre-réforme des retraites en ont été un symptôme significatif), le quinquennat de Macron a été marqué par :

  • l’intronisation de la violence au cœur du pouvoir avec l’affaire Benalla dont les caractéristiques ont évoqué à plus d’un titre les dictatures bananières de barbouzes.
  • une répression sauvage et sans retenue du mouvement des gilets jaunes et des divers mouvements sociaux (des dizaines d’éborgnements et de mains arrachées)
  • une répression judiciaire tout aussi disproportionnée et donc injustifiable, le tout valant à notre pays de fermes remontrances et condamnations d’instances internationales (ONU)
  • un recul historique de nos libertés individuelles et collectives en saisissant l’opportunité terroriste ou sanitaire afin de transférer l’état d’urgence dans le droit commun et donc rendre commun ce qui doit rester exceptionnel
  • la gestion d’une crise sanitaire au travers d’un Conseil de Défense soumis au secret défense
  • son soutien apporté à une ligne de commandement policier (ministres de l’intérieur, préfet de Paris) provocatrice de désordre et de violence qui s‘appuie sur certains syndicats factieux d’inspiration d’extrême droite
  • l’utilisation de la justice contre ses adversaires politiques (lawfare)

 

Cette liste n’est pas exhaustive mais elle suffit à mon sens à démontrer pourquoi la définition du « camp du bien » sentait le faux-cul à plein nez. Pire que cela : nous avons eu la démonstration que si le néolibéralisme est empêché ou simplement contrarié dans la menée de son action ultime dont il est à ce jour hélas très proche (destruction totale de toutes les protections au  profit d’énormes intérêts privés), il devient aussi dangereux que le lepénisme qui en toute logique deviendrait alors l’ultime recours pour le système.

Deux faces d’une même médaille qui ont besoin l’une de l’autre : le néolibéralisme qui a besoin d’un repoussoir fabriqué et assez fort pour qu’il fasse peur afin de gagner la présidentielle et poursuivre son œuvre d’anéantissement et l’extrême-droite, tout aussi pro-capitaliste, qui a besoin de toute la logistique médiatique du système pour maintenir son influence, parfaire sa dédiabolisation, diviser le peuple sur des bases racistes et religieuses et attendre son heure.

De nouveau nous constatons aujourd’hui, à un an de la prochaine présidentielle, que tout est médiatiquement mis en œuvre pour que le scénario de 2017 se reproduise inexorablement avec hélas, encore une fois, la collaboration d’appareils politiques ou de responsables dits de « gauche » qui finalement préfèrent perdre en aidant à propulser le duo Macron/Le Pen plutôt que d’espérer gagner sur un contenu de rupture.

 

Cette démonstration de « l’hydre à deux têtes » vient d’être magistralement et définitivement validée par deux évènements récents qui actent au grand jour non plus seulement une complicité politicienne mais une véritable porosité entre le macronisme et le lepénisme. Il s’agit :

👹d’une part du pseudo débat entre Darmanin et Le Pen. Les deux têtes de l’hydre ont stigmatisé sur les écrans du service public pendant plus de deux heures nos compatriotes musulmans, rivalisant par instant pour montrer laquelle des deux était la plus dure et créant volontairement les conditions verbeuses poussant à une confusion entre islam et islamisme politique. Une émission déversant des tonnes d’humiliation, bombe à retardement pour la paix civile, alors que le pays se délite sous les coups de boutoirs du néolibéralisme développant des abysses d’inégalités et des sommets de pauvreté.

👺d’autre part cette folle intervention de la ministre de l’Enseignement Supérieur, F. Vidal, qui veut faire enquêter le CNRS sur l’infiltration supposée de « l’islamo-gauchisme » dans les Universités au travers des études qui y sont menées. Une tentative d’instaurer une police de la pensée que l’on observe en principe sous les régimes de dictature théocratique, ce qui a provoqué un immense tollé dans le milieu scientifique qui est libre par nature.

A l’évidence il ne suffit pas de porter le nom d’un dictionnaire pour tout simplement savoir si un mot et le concept qu’il est censé représenter existent. L’islamo-gauchisme, comme dans les années trente le judéo-bolchévisme, est un élément de langage d’extrême-droite inventé pour faire peur, amalgamer et provoquer dans la fantasmagorie ainsi créée la division, le rejet et la haine dont le danger potentiel est de déboucher in fine sur les pires horreurs comme ce fut le cas dans ces années-là.

 

Ces deux évènements mettent donc un terme à cette énorme escroquerie intellectuelle et politique qui a consisté à noyauter le cerveau des citoyens face au danger lepéniste pour les mobiliser sur le seul thème du « faire barrage » afin de pérenniser la politique néolibérale.

 

A toutes celles et tous ceux qui se sont fait avoir par cette stratégie malsaine et dangereuse, j’adresse ce message :

s’il y a un barrage à bâtir et d’urgence c’est le barrage au néolibéralisme, à ce macronisme totalitaire et à son cousin germain le lepénisme tout aussi néolibéral. Le seul moyen d’y parvenir c’est de se mobiliser massivement dès le 1er tour sur Mélenchon afin que le second tour propose au moins une véritable alternative pour nous sortir de ce tourbillon mortifère dans lequel ils veulent nous enfermer, alternative qui alors, soyons en sûrs, sera victorieuse car porteuse de « L’Avenir en Commun », programme  de rupture totale avec les orientations actuelles et de bifurcation fondamentale remettant le peuple au cœur du fonctionnement de la société pour redonner cette respiration démocratique, sociale et écologique indispensable à notre vie d’être humain.

Alors, castors abusés et désabusés, aujourd’hui conscients que le barrage contre Le Pen cède de toutes parts sous les coups combinards, vicieux et hypocrites de ceux-là mêmes qui vous ont appelé à le construire, derniers "desperados" encore accrocs aux citadelles en déshérence, errant dans des donjons éventrés balayés par les courants d’airs de l’abandon et de la trahison, abstentionnistes dégoûtés qui avez enfin réalisé que votre retrait de la vie publique a trop longtemps aidé les dégoûtants à continuer à vous dégoûter,

BOUGEZ-VOUS !

POUR EMPÊCHER LE NAUFRAGE DU PAYS EN 2022.

RASSEMBLONS NOS VOIX SUR

L'AVENIR EN COMMUN

DES LE PREMIER TOUR !

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