Cette crise est l'échec de ceux qui ont préféré le libre-marché à l'Etat, la concurrence à la coopération, le libre-échange à la relocalisation de la production

Adrien QUATENNENS

On entend dire couramment, et c’est le cas concernant la situation dramatique que nous vivons en ce printemps 2020, qu’une crise grave joue le rôle de révélateur de tous les dysfonctionnements et/ou de toutes les tares d’une société, d’un type de société dont il semblerait qu’une partie des citoyens lambda prenne conscience en cette circonstance sans qu’on soit vraiment sûr si cette prise de conscience va être ponctuelle ou pérenne, ce qui bien évidemment change tout pour le "jour d’après".

Mais est-ce vraiment le bon terme ? Tout dépend à mon avis de notre parcours et de l’intérêt porté à la chose politique. Personnellement je préfère le terme de certificateur, faisant parti de ceux, encore nombreux, qui ont des bases politiques solides, une expérience militante, qui font l’effort de s’informer hors des médias meanstream et qui portent un regard analytique sans concessions sur cette société néolibérale. De fait ce qui se passe aujourd’hui était pour nous pressenti, attendu, inévitable. Cette crise dans ses effets dévastateurs est donc un certificateur qui confirme notre analyse des mécanismes, de la logique et pour tout dire de la philosophie du système néolibéral.

 

Le terme révélateur renvoie au processus de développement photographique propre aux pellicules argentiques qui permet de faire apparaitre l’objet photographié qu’il serait impossible de voir sans cette opération : c’est la révélation de l’image. Et du coup ce terme de révélation présente une double connotation à la fois religieuse et journalistique, l’une de l’ordre du miracle, l’autre de l’investigation analytique.

Si nous mettons à part le miracle, il s’avère donc que l’objet photographié existe avant l’action du révélateur mais son existence n’est pas matérialisée tout comme ne sont pas conscientisés, par un trop grand nombre de gens, les problèmes profonds de notre société et plus précisément les connections entre une orientation politique que l’on met au pouvoir et ses impacts négatifs dans nos vies, et ce tant que les analyses ou les investigations ad hoc ne seront pas portées par ceux qui monopolisent les plateaux des médias de masses ainsi que l’attention des cerveaux de trop nombreux citoyens. En effet ces chaines de télévision et les grands titres de la presse écrite affiliée sont les porte-paroles officiels du pouvoir néolibéral qui, mises à part quelques séquences alibi faisant surgir de temps à autre un antilibéral, débitent 24/24 la doxa dominante néolibérale par l’intermédiaire de ses journalistes et éditorialistes « chiens de garde ».

Et donc vous comprenez pourquoi je n’aime pas trop ce terme « révélateur » qui paradoxalement est très utilisé par les ténors des plateaux : c’est que ceux qui devraient jouer ce rôle de révélateur à l’adresse de la masse des citoyens ce sont ceux qui ne cessent non seulement de se faire les propagandistes de la logique globale du système mais de maintenir au fond du boitier noir des analyses, des cohérences, des constructions argumentaires et des logiques remettant en cause le système actuel.

 

En réalité si ces éditocrates, ces journaleux, ces pseudo-experts utilisent ce terme de révélateur c’est que le choc de la crise Covid 19 est si fort qu’ils sont eux-mêmes bousculés, ébranlés non dans leur conviction de militants néolibéraux ni dans  leur crédibilité déjà largement entamée mais dans leur propre ego vis-à-vis des citoyens qu’ils trompent ou égarent depuis des décennies. Ainsi en parlant de révélateur ils espèrent se dédouaner des manquements éthiques et déontologiques dont ils accablent leur profession, comme s’il avait été impossible de penser et d’expliquer que ce qui se passe aujourd’hui était déjà en gestation du fait même de la logique néolibérale. Leur but : que les « riens » ne fassent pas le lien, n’établissent pas la connexion. Malheureusement pour eux le lien est fait grâce à de nombreux témoignages et analyses individuels ou associatifs sur les réseaux sociaux sans oublier notamment l’aide et l’action citoyennes et politiques de La France Insoumise

 

Au-delà d’avoir certifié que les mécanismes, les fondements même du capitalisme, sa globalisation égoïste ainsi que ses structures ad hoc comme l’Union Européenne, étaient incapables de protéger l’humanité, que « la main invisible » du marché, rigide et paralysée, ne régulait rien du tout en ce sens mais, tombant le masque, montrait au contraire son visage macabre et abject sur les tarmacs d’aéroports du monde entier,  cette crise confirme :

1-que les médias de l’officialité ont achevé de démontrer leur impossibilité de prendre un tant soit peu d’indépendance vis-à-vis du pouvoir néolibéral, à tel point que cela en est devenu grand-guignolesque.

A titre d’exemple, quand le gouvernement affirmait que les masques ne servaient à rien et que le Covid 19 n’était qu’une petite grippe, tous les plateaux TV et les experts médicaux ou ersatz en ce domaine dénigraient le port du masque et faisaient la course à la minimisation de la maladie. Dès que le gouvernement, parce qu’il ne pouvait plus faire autrement devant l’ampleur de la contamination et des témoignages de professionnels de terrain, a changé son fusil d’épaule, tous les petits soldats des plateaux ont viré de bord dans une synchronisation parfaite que les meilleurs chorégraphes nord-coréens auraient jalousée, alors qu’ils auraient pu investigué pour une fois dans leur vie pour dire la vérité dès le début… Plus grave on s’est rapidement rendu-compte que les experts médicaux qui avaient open-plateaux étaient là pour apporter leurs titres en soutien aux thèses gouvernementales, comme ce fameux Conseil auprès du gouvernement qui a été plus politique que scientifique. Je ne peux m’empêcher de rappeler également, et selon le même bal, les insultes ignobles déversées sur le Pr RAOULT qui se sont transformées peu à peu sinon en louanges du moins en hésitants égards devant la résistance du professeur et à partir de l’impromptue visite jupitérienne. Mais tout cela n’aurait-il été que pantalonnade quand tout d’un coup l’ordre des médecins menace le Professeur de l’IHU de Marseille de suspension alors que Karine LACOMBE, une des médecins vedettes des plateaux pro-gouvernementaux est en grave conflit d’intérêt par ses liens financiers avec des laboratoires qui concurrencent la chloroquine. (voir vidéo sur mode humour en fin d'article)

Quant au traitement médiatique général du dossier « coronavirus » il s’est rapidement calé essentiellement sur l’émotionnel, sur un décompte macabre anxiogène, et orienté vers l’accumulation de reportages similaires tels des micro trottoirs des régions, vers une pleurnicherie sur les conséquences de l’épidémie sur le mode « Mon Dieu qu’est-ce qu’il nous arrive.. ! », sans analyse structurée et détaillée autour des logiques économiques et commerciales qui nous ont mis en état de forte fragilité et laissés désarmér face au Covid 19.

 

2-que ceux qui nous dirigent ne sont pas à l’évidence au service du peuple mais au service de de leurs marionnettistes de l’internationale capitaliste, ce sont des militants de la concurrence libre et non faussée, et de l’obsession des restrictions budgétaires publiques qui mettent en difficulté le plus grand nombre et détruisent les biens communs pour les offrir à leurs mentors prédateurs financiers. (l’hôpital public n’en est qu’un exemple).

Ils sont idéologiquement les héritiers des « Chicago Boys » (étudiants fortunés chiliens) formés par Friedman et Hayek, économistes ultralibéraux qui ont théorisé la Stratégie du Choc analysée par Naomi Klein, stratégie qui utilise la tétanisation d’un peuple provoquée par des drames hors norme (coups d’Etat, guerre, catastrophe naturelle, épidémie) pour façonner une société sans droits sociaux (ni politiques si nécessaire) et instaurer la dictature du néolibéralisme. Nous voyons d’ores et déjà  se développer cette stratégie du choc déjà entamée lors du quinquennat précédent, aggravée par les mutilations macronistes et les arrestations et jugements arbitraires contre les Gilets Jaunes : utilisant le prétexte du Covid 19 qui a mis la plupart des citoyens en état de sidération et sans possibilité de réagir (confinement), en les culpabilisant par le chantage à la solidarité, le gouvernement a pris des dispositions pour nous dépouiller légalement de congés, de RTT et nous faire travailler 60 heures par semaine. L’astuce c’est de dire que c’est provisoire, sauf qu’il n’y a aucune date limite et que ces lascars ont montré combien ils étaient menteurs. Et comme ils nous expliqueront notamment par l’intermédiaire de leurs chiens de garde des hauts plateaux médiatiques que cela n’est pas suffisant, il faut s’attendre à payer de mille autres façons l’argent qui a été accordé aux entreprises et aux banques : nouveaux reculs de droits sociaux, à côté d’une possible inflation même faible mais suffisante pour rendre les denrées plus chères en regard de salaires immobiles, une augmentation de TVA ou des impôts pourrait être mise en œuvre sans toucher ni aux évadés fiscaux ni à la suppression de l’ISF, ni aux dividendes toujours faramineux des actionnaires sans oublier une diminutions des pensions de retraite par décret au titre de cette solidarité à sens unique en faveur des 1%. Déjà à noter que la revalorisation des retraites prévue au mois de mai 2020 a été repoussée sine die.

Et c’est bien parce que ces dirigeants sont formatés à la vision néolibérale de la vie et que les contradictions entre le profit et la vie ont atteint leur paroxysme que la gestion sanitaire de cette crise a été catastrophique et gravement incohérente.

 

3-que les "riens", les "fainéants", les "sans dents" sont en réalité les premiers de cordée.

Ceux qui étaient jusqu’à présent les invisibles dont on ne parle jamais ou si peu, méprisés et dénigrés par l’officialité quand celle-ci ne les matraque pas, ou ne les mutile pas, ceux qui font partis des moins bien payés voire des plus mal payés, ceux qui sont présentés comme le fardeau des premiers de cordée auxquels ils doivent des remerciements pour le peu qu’ils ont, sont en réalité ceux qui tiennent le pays à bout de bras, et le font fonctionner, parfois pour certains au péril de leur vie, pour lui éviter de sombrer. A ce titre on peut même dire qu'ils sont les régaliens de la nation.

 

4-que, les plus bas instincts n’ont pas disparu et se sont même endurcis sous l’influence  du néolibéralisme et de l’égoïsme social qui lui sert d’étendard.

Des comportements qui fleurent bon la fétidité du pétainisme des années 40 ont donné à voir des affidés de la délation et de la lettre anonyme placardée dans les parties communes d’immeuble enjoindre leurs voisins soignants à quitter les lieux ou des propriétaires harcelant leurs locataires pour les mêmes raisons.  Ce sont probablement ceux de la même engeance pétaino-lepéniste qui ont initié cette ignoble pétition sur internet pour exiger le retrait de l’aide supplémentaire et ponctuelle accordée aux bénéficiaires du RSA, toujours prompts à distiller haine et division au sein du peuple qu’ils prétendent défendre. Une aide précieuse pour le néolibéralisme.

Face à l’abjection, ressort aussi le meilleur, tous ces actes concrets de générosité et d’une extraordinaire et vraie solidarité totalement désintéressés, massifs et inventifs qui montrent que l’espèce humaine peut encore avoir un avenir sous réserve que les connections politiques et citoyennes évoquées plus haut soient une réalité.

Nous symboliserons ici cette solidarité et cette humanité par le rappel de cette vidéo vue sur les réseaux sociaux où une soignante rentrant chez elle, était applaudie à chaque étage par ses voisins qui lui remettaient des petits présents et des dessins d’enfants.  Mais il est clair que seul le « jour d’après » vérifiera si cette solidarité atteint le niveau de force incontournable et nécessaire pour dessiner un avenir en commun, celui de la solidarité sociale des manifestations et des grèves.

 

5-l’absolue et incontournable nécessité d’envoyer par-dessus bord la philosophie de la doxa néolibérale.

Cette dernière privilégie l’accumulation des profits pour les 1 à 2% de la population plutôt que le partage des richesses, l’individualisme exacerbé qui provoque l’isolement et la division plutôt que la solidarité et le lien social, la privatisation totale du pays plutôt que les services publics et les biens communs, la concurrence libre et non faussée plutôt que la coopération, doxa qui est donc incapable de protéger l’humain. Elle vient de nous en donner une brillante démonstration. Si le jour d’après redémarre sur les mêmes bases actuelles qu’arrivera-t-il en cas de catastrophe nucléaire (explosion d’une centrale) ? Sans parler de la catastrophe climatique qui enfle et s’avance vers nous avec certitude et devant laquelle le système nous a déjà désarmé puisque ses propres fondements l’ont empêché et l’empêchent de prendre les bonnes options et les bonnes décisions et nous a donc fait prendre d‘ores et déjà un retard pénalisant.

 

 

Ainsi une crise aussi violente que celle que nous subissons actuellement ne révèle rien du tout : elle est un certificateur des tares de notre société qu’elles soient collectives ou individuelles, une sorte de tsunami qui met à nu des décennies de propagande néolibérale et qui secoue ces « informateurs » de plateaux pétris dans leurs certitudes dont certains, peu il est vrai, sans aller jusqu’à virer de bord, émettent des doutes sur la société que le néolibéralisme veut nous imposer, et pour le moins deviennent plus respectueux et plus attentifs aux représentants antilibéraux.

Remettre l’humain au centre des choix politiques, sociaux et économiques est la seule option d’avenir. Cette option très détaillée et en cours d’actualisation figure dans le programme de LFI, l’Avenir En Commun autour duquel une majorité de français a tout intérêt à se regrouper le moment venu.

Mais au sortir de cette crise du Covid 19 il ne peut être envisageable que les français se laissent broyer par une oligarchie qui compte repartir exactement sur les mêmes bases qu’avant, aggravées par de nouveaux reculs sociaux inédits en terme d'ampleur, par la poursuite de la privatisation des services publics, de la réduction des libertés et du je-m’en-foutisme concernant la catastrophe climatique.

Il serait donc impensable que les organisations les plus en capacité idéologique et historique de mener le combat restent timorées sur le banc de touche sans prendre aucune initiative déterminante en ce sens, ou pour le moins sans soutenir ni appuyer sans réserve une explosion sociale forte partie de la base.

Une telle explosion sociale confirmerait que la prise de conscience évoquée en début d’article était bien pérenne pour enthousiasmer ce « jour d’après ».

Conforte mon analyse sur les vendus des plateaux télé

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