De mon balcon d’éternité l’espace, le temps, le lieu sont désormais des notions qui me sont étrangères. Il faut dire que je suis mort mais ne saurais vous dire au juste depuis quand. Étrangement je ressens quelques sensations d’avant qui m’imprègnent encore comme cette chaleur devenue excessive qui déjà me faisait suffoquer lorsque j’étais encore sur terre, entrecoupée de périodes de froid intense localisé, ou de déluges détruisant tout sur leur passage, tout en me souvenant de ce climat social électrisé par une misère tout aussi galopante que le mercure, le tout dû à des décisions et des orientations de dirigeants mis en place par de puissants moyens et de sales individus qui tiraient d’énormes profits d’une telle situation mais adoubés par un cirque démocratique exercé la dernière fois par seulement 20% des gens qui avaient théoriquement la possibilité de le faire pour riposter à la situation qui leur était faite. Dans les zones du monde où la situation était encore pire des foules de plus en plus importantes se mettaient en mouvement à la recherche d’un coin meilleur, d’un paradis perdu, d’un souvenir fugace, dont bientôt l’énormité allait être telle que tous les murs stupidement égoïstes et criminels qui avaient été dressés allaient s’effondrer.

 

De mon balcon d’éternité, j’ai ce privilège d’observer où en est la situation dans ce qui fut mon pays quelques décennies terrestres après ma mort. Elle est pire que catastrophique, elle est irréversible et les flashes renvoyés sont impressionnants : les rues sont jonchées de cancéreux agonisants, trainant leurs bedaines emplies de glyphosate et autres joyeusetés imposées par la maffia chimique et agroalimentaire, désastre sanitaire ignoré, sans prise en charge à cause de la disparition quasi-totale des services publics de santé ; elles sont aussi encombrées de miséreux (souvent les mêmes d’ailleurs), attendant qu’on leur octroie deux heures de boulot par ci par là payées au bon vouloir patronal, conséquence directe de la libération des énergies entrepreneuriales. Ces « morts survivants » presque décharnés se mêlent désormais à ces millions de gens, tout aussi décharnés, qui errent de par le monde et arrivent où ils peuvent car leur chez eux, leur pays n’existe tout simplement plus, rayé de la carte par des chaleurs lucifériennes, la montée destructrice des mers et océans, et pour tout dire par une fracassante politique ultralibérale qui a conduit à une accélération de la misère par la destruction volontaire des économies locales et à de sauvages guerres de domination énergétique.

Tout à coup d’autres flashes me tétanisent : la Bretagne est une île, le bassin d’Arcachon et la ville de Montaigne n’existent plus, la Camargue a disparu et seule la couronne de la statue de La Garde témoigne ici de l’ancienne existence d’une cité près de trois fois millénaire et le désert a grignoté l'arrière-pays. Je ne devrais en principe ressentir aucune émotion et pourtant une colère monstrueuse m’envahit. Je ne sais pas si le monde aurait pu être sauvé, mais au moins le message qui aurait pu être lancé à ce monde, et d’abord à nous-mêmes, français, aurait peut-être enclenché ce renouveau qui de toute évidence devait avoir une base de lancement. Cette base aurait pu être ce pays des Lumières que la cupidité, l’égoïsme et la bêtise crasse du « beaufisme » ont fini hélas par éteindre. On aurait pu au moins dire « on a tenté, on a fait ». Et bien non, on a fait le choix d’accélérer la chute vertigineuse vers le néant. J’essaie de me souvenir quand on a raté le coche, quand des irresponsables soit disant de « progrès » ont tout fait pour empêcher ce déclic, quand des citoyens lambda tout aussi irresponsables leur ont donné peu mais assez de force pour constituer ce blocage : c’était en 2017 me semble-t-il, il y a plusieurs décennies terrestres. Ailleurs dans le monde, idem : tout a été mis en œuvre pour empêcher les peuples de prendre en main leur destinée en brisant de mille et une manières les plus abjectes leurs mouvements et leurs leaders. Quant à ceux qui avaient réussi à prendre le bon chemin, ils ont été broyés par tous les embargos et complots possibles et imaginables. En tout cas le pouvoir médiatique aux mains de la finance et de ses laquais a été partout la cheville ouvrière de ce processus de recul de la réflexion et de l’intelligence par une propagande politique ahurissante lobotomisant les esprits et des divertissements abrutissants portant au pinacle et comme seule référence le bas de gamme, la médiocrité, menant vers l’Acte de fin de la vie humaine sur la Terre, mais peut-être pas pour tout le monde…

 

De mon balcon d’éternité je vois en effet des navettes qui décollent régulièrement vers la planète Mars depuis des zones hautement sécurisées par des armées suréquipées n’autorisant l’accès au tarmac qu’aux norias de véhicules grands luxe de la caste oligarchique et de ses serviteurs. Je me souviens alors qu’il y a plusieurs décennies terrestres les puissants maitres du monde avaient programmé des investissements énormes pour conquérir la planète rouge. Il était déjà clair à l’époque que la motivation purement scientifique et philosophique n’était pas unique (l’a-t-elle été seulement en partie ?), en tout cas elle ne résistait pas à l’examen face aux vraies motivations militaro-économique de domination et surtout à la volonté de la caste de sauver sa peau et celle de sa descendance en créant de nouveaux espaces de vie possible, laissant derrière elle une Terre en ruine et en tout cas invivable pour les êtres humains et donc des centaines de millions de gens promis à une mort certaine dans des conditions atroces. Bref le plus grand génocide que la planète bleue a connu depuis l’apparition de l’Homme. Particularité supplémentaire : un vrai génocide de classe !! Nous sommes arrivés en quelque sorte au point final annoncé il y a des lustres par l'oligarque Warren Buffett selon lequel sa caste était en train de gagner la lutte des classes.

 

Je me mis alors à hurler d’effroi et de colère si fortement que le réveil fut brutal et la respiration saccadée. Je venais de faire le pire cauchemar de mon existence. Le temps de reprendre mes esprits et un petit déjeuner plus tard, je refis le point sur la journée de cet automne 2021. Une grande réunion politique de LFI était prévue dans mon quartier suivie d’une action militante vers les habitants avec distribution géante de tracts et discussions intenses. L’élection présidentielle de 2022 est en ligne de mire, les fondamentaux du programme Avenir En Commun restent la référence et l'objectif, notre candidat, à la surprise des éditocrates et autres larbins du système, a le vent en poupe malgré les attaques incessantes, injustes et dégueulasses dont il a continué à faire l’objet. Il faut dire que depuis 2019 tout s’est aggravé au plan social et écologique, le capitalisme vert à la Jadot a fait chou blanc, les traitres et les veules ont montré leur vrai visage, nos arguments n’ont que plus de force.

Cette fois-ci c’est bien la dernière chance, la der des der…, l'espoir est là, la mobilisation est très forte. Peut-être que les Lumières vont enfin se rallumer.

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