Je dis souvent qu’en politique il n’y a pas de hasard, une formule ramassée qui présente l’avantage de correspondre le plus souvent à la réalité, lorsque, par exemple, une information semble surgir ex-nihilo aux effets d’un électrochoc visant à affaiblir l’adversaire et à démoraliser voire à détacher ses partisans mais dont les différents éléments ont été préparés en coulisse et dont le timing public a été programmé d’autant plus facilement que le pouvoir politique dispose d’un parti médiatique à sa botte. Et quand il n’y a rien sur le fond les commanditaires y mettent une forme d’une violence exceptionnelle pour sidérer l’opinion. Ces méthodes font partie de la « stratégie du choc » dont j’ai convoqué l’essentiel des éléments dans mon article du 25 novembre 2018. Mais cette formule présente un inconvénient : elle permet aux esprits intellectuellement malhonnêtes qui colonisent les plateaux des chaines d’information en continue de nous accuser de complicité avec le complotisme, accusation émise à propos de tout et n’importe quoi et érigée en argument fatal permettant de couper court à tout ce qui peut, de manière argumentée et sérieuse, être différent de ou s’opposer à la pensée unique libérale ardemment défendue sur ces mêmes plateaux dans un quasi unanimisme béat où paradoxalement les commis de service n’hésitent pas, eux, à pratiquer le complotisme le plus primaire comme je l’ai montré par ma publication du 11 mars 2019.

 

C’est la raison pour laquelle je préfère parler d’opportunités et la plupart des politiciens sont passés maitres dans l’art d’utiliser ces opportunités ce qui fait d’eux des opportunistes qualifiés. Et malheureusement le drame culturel et historique que constitue cet incendie dévastateur de Notre Dame de Paris, n’échappe pas à la règle. Il est immédiatement devenu cette opportunité politico-médiatique permettant justement par cet effet CHOC émotionnel démultiplié volontairement par les médias en continu non seulement de faire passer au second plan la nasse sociale et politique dans laquelle se noyait le gouvernement, Macron en tête mais de tenter d’imposer le silence mortifère et l’unanimité bêtasse derrière le Président. Une lamentable et piètre tentative de reprise en main d’une confrontation sociale et politique perdue sur le fond et la durée. Et même si l’évènement n’est pas volontaire le pouvoir politique aidé par ses chiens de garde médiatiques saisit ce type d’opportunité pour mettre la population  en ETAT DE CHOC, de sidération au-delà du raisonnable pour poursuivre en l’aggravant une politique antisociale en faveur des riches et des puissants. Nous sommes bien dans « La stratégie du choc » développée par Naomi Klein. Il est à remarquer plus généralement que les médias, en plus d’effectuer des choix partisans dans la sélection, le traitement et la mise en avant des informations, ont transformé le champ informationnel en champ émotionnel ce qui est le meilleur moyen d’atténuer fortement voire de faire disparaitre toute capacité de réflexion et d’analyse de la part de nos concitoyens. Heureusement qu’il existe des sites de médias alternatifs comme par exemple Le Media, Médiapart, Arrêt Sur Images ou Là-bas si j’y suis ou des blogs personnels de citoyen comme celui où vous êtes en cet instant.

 

Cet opportunisme politique gouvernemental qui vise à imposer silence sous prétexte d’unité nationale autour de cette catastrophe touchant le patrimoine commun a fait surgir à la seconde près l’opportunisme et l’hypocrisie des puissants patrons du CAC 40, et bizarrement des amis les plus proches de Macron, qui ont rapidement annoncé des dons faramineux pour reconstruire la cathédrale en péril, eux qui continuent à vouloir maintenir le peuple dans la précarité et lui imposer le recul social, et qui n’ont pas sorti un centime devant la catastrophe sociale et humaine qu’a constitué l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne à Marseille appartenant pour beaucoup à leurs commis politiques locaux ! Ces annonces sont intimement liées à la stratégie libérale du choc (ici macroniste) : elles ont pour objectif de montrer que le libéralisme est le meilleur des mondes et qu’on peut compter sur la générosité de ses maitres tout puissants pour soutenir le bien commun. Quelle pantalonnade !

Réfléchissons sur qui sont ces gens puissants et ultra riches en 3 points :

-ils sont les rois de l’optimisation et de l’évasion fiscale et cherche à tout prix à s’installer à l’étranger soit à titre personnel soit au titre de leurs entreprises et jonglent avec les paradis fiscaux, bien loin donc de leur attachement auto-déclaré au patrimoine national. Ainsi le manque à gagner pour le budget du pays est renvoyé sur le dos de tous les contribuables

-les dons qu’ils vont faire pour sauver NDP font l’objet d’une réduction d’impôt à hauteur de 60%. Certains députés LREM voudraient que ce taux soit porté à 90% pour cette action spécifique relative à ce monument. Tiens donc ! Il n’y a pas de petits profits : cette niche fiscale permet à ces maitres du système de réduire encore leurs impôts, manque à gagner que tous les contribuables lambda devront combler. Cette « générosité » a bon dos, mais ne nous y trompons pas, elle est purement idéologique. Elle s’inscrit dans la pratique ultralibérale : diminuer voire faire disparaitre les impôts pour les plus riches et soumettre nos biens communs et nos services publics au bon vouloir des ultra riches qui pourront ici ou là faire des dons à tel hôpital en difficultés ou tel musée ou acheter tel service public non pas en fonction de l’intérêt général mais en fonction de leurs intérêts particuliers. C’est en tout cas le message.

-ce sont ceux qui impriment ou plutôt ordonnent au plan national et européen cette politique économique de régression appuyée sur des contraintes budgétaires publiques aboutissant à la ruine des Etats sans pour autant régler les difficultés des citoyens. Ainsi pour le domaine qui nous intéresse les budgets consacrés à l’entretien des monuments historiques, des musées etc.. ont diminué d’une manière vertigineuse. Non seulement le budget du ministère de la culture a été réduit à quelques roupies de sansonnet mais la part de ce budget consacrée à l’entretien n’est que de l’ordre de 8 à 10 % alors qu’elle était de 30% du temps d’André Malraux. De nombreux musées et hauts lieux culturels partout en France sont au bord de l’accident grave faute d’entretien (tuyaux d’eau vétuste, fuites, câbles électriques défectueux etc.) par manque  de financement. L’historien Julien Théry en parle de façon pertinente. On vient d’apprendre que la plupart des bâtiments historiques, c’est en tout cas la situation de NDP, n’est pas assurée, raison budgétaire encore…

 

Ce douloureux évènement, pour peu qu’on réfléchisse malgré l’émotion que l’on peut individuellement ressentir mais surtout en opposition à cette émotion que les médias amplifient de façon indécente pour nous submerger, nous confirme ceci : le système libéral, sa logique anti Etat, anti service public, favorable à l’ineptie d’une rigueur budgétaire dramatique pour le bien commun mais lumineuse pour les financiers qui en profitent via la braderie de nos biens collectifs nationaux, doit être stoppé de toute urgence et cette Europe qui étrangle les peuples et cajole les banques et les paradis fiscaux sur son propre sol et qui est finalement la matrice de cette politique de dévastation doit recevoir un éclatant camouflet le 26 mai en même temps que son commis Macron.

Un seul moyen : le bulletin de vote LFI.

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