« Quand les riches volent les pauvres on appelle ça des affaires, quand les pauvres se défendent on appelle ça de la violence » Mark Twain

 

Les images d’une violence inouïe, dixit les médias, ont tourné en boucle 24/7 sur les chaines d’info en continu, et ont fait sans relâche les unes des quotidiens et hebdomadaires papiers et des journaux télévisés, montrant la rage folle des gilets jaunes casseurs et factieux. En pratiquant cet amalgame dès le début du mouvement et en se concentrant essentiellement sur cet aspect notamment dans les commentaires des uns et les communiqués politiques de l’autre, médias et

La répression sauvge macroniste
Les gueules cassées par Castaner et Macron

gouvernement ont tenté pendant des semaines d’éviter de parler et de répondre sur le fond et de décrédibiliser le mouvement pour briser le soutien massif que lui apporte l’opinion. Quand des intervenants pointaient cette tentative de manipulation, cette iniquité de traitement comparativement aux violences des forces de l’ordre pour le coup inouïes  et que le journaliste de service rétorquait que le sujet était traité en toute équité, sur fond d’écran défilaient les images montrant toujours les exactions des manifestants. Provocation et manipulation peu subtiles s’il en est mais habituelles de nos gouvernants et de leurs chiens de garde médiatiques ! Une gestion généralement efficace (hélas) quand le but est de briser le soutien ici massif de la population : sauf que là les grands prêtres de cette communication abjecte se sont cassés les dents. Le soutien populaire s’est malgré tout maintenu à un très haut niveau, c’est dire la vacuité de l’analyse  du gouvernement (s’il l’a faite) sur les raisons et le processus du mouvement des gilets jaunes.

Mais, à mon sens, le plus grave n’est pas encore là : la grosse caisse de cette orchestration c’est l’injonction intolérable médiatico-gouvernementale et satellitaire qui consiste à exiger de tous les partis et responsables politiques et de tous ceux dont l’expression peut avoir un écho dans l’opinion, une condamnation sans réserve de la violence des gilets jaunes tout en interdisant de développer quelque discours que ce soit sur l’analyse des origines des violences et notamment comment elles sont générées par la hiérarchie policière et gouvernementale. La violence est condamnable mais on n’a même plus le droit de dire mais… pour expliquer le préalable des mécanismes sociaux et institutionnels qui violentent le peuple depuis des décennies et critiquer les odieuses méthodes de maintien de l’ordre ou plutôt de répression à la sauce Castaner. Le seul discours acceptable pour les puissants étant la condamnation sans réserve de la violence des révoltés que rien ne peut expliquer, pas même (et surtout pas) cette violence sociale et quotidienne subie par le peuple d’en bas. Encore faudrait-il apporter les réponses politiques et sociales idoines, seul vrai moyen de régler les problèmes de fond posés. Or, à part quelques entourloupes et promesses de perlimpinpin, le gouvernement et Macron s’y refusent, et ce pour une simple raison : les problèmes de fond posés ne mettent pas en lumière une énième crise mais une rupture cash qui nécessite un profond changement de cap.

Par ailleurs ce que l’on appelle la doctrine française du maintien de l’ordre est unique en Europe en ce qu’elle crée de facto toutes les conditions pour que les violences éclatent et s’exacerbent, et c’est en cela que la responsabilité des violences policières qui sont premières relève exclusivement du pouvoir politique et de la haute hiérarchie policière qui ne cherche qu’à complaire à un gouvernement et un Président qui en rajoutent avec leurs propos provocateurs permanents. Nous noterons que du côté des forces de l’ordre aucun des nombreux blessés n’est dans l’état de gravité extrême où se trouvent les nombreux blessés du côté des gilets jaunes : défigurations, mains arrachées, yeux crevés, blessures importantes sur les corps, coups portés à l’aveugle par tabassage à terre…  Mais ces violences policières ne sont que la phase ultime et rendue visible parce qu’elles sont celles qui sont chargées de maintenir sous l’étouffoir les violences de l’oligarchie que le système veut cacher c’est-à-dire les violences sociale et institutionnelle qui broient le peuple.

Voir absolument les deux vidéos en fin d’article, l’une traitant de l’analyse de la doctrine de maintien de l’ordre, l’autre menée par un policier syndicaliste aujourd'hui menacé de sanctions disciplinaires pour s'être exprimé et avoir dit la vérité.

Le système sous lequel on vit (ou survit) contient en lui toute la violence qui éclate aujourd’hui, et cette violence éclate car le gouvernement ne veut apporter aucune réponse politique qui de fait remettrait en cause sa politique et son cap qu’il ne veut pas modifier. Face aux violences intrinsèques au système que subissent aussi soit dit en passant les salariés du maintien de l’ordre, le positionnement du gouvernement est en gros le suivant : « on ne veut absolument pas entendre parler des violences du système appelées aussi violences sociales comme justificatif de vos réactions sous prétexte qu’on ne veut pas y remédier et on vous cognera (violence ultime et « légale » du système) tant que vous n’accepterez pas votre sort qui est de subir dans votre quotidien cette violence du système qui n’est absolument pas une excuse pour vous rebeller ». Si là nous ne sommes pas dans l’état d’esprit pouvant générer une dérive totalitaire, alors qu’est-ce qu’il faut pour le comprendre ?

De la même manière que sur le terrain la police nasse la foule sans aucune issue possible puis la gaze ce qui forcément, et c’est voulu, entraine de fortes réactions de défense face à une sorte d’enfermement odieux, le système économique et institutionnel agit aussi comme une presse qui étouffe et bloque toute issue, et ce d’autant plus quand tous les pouvoirs sont aux mains des défenseurs et protecteurs du système. Détaillons en les deux aspects essentiels : la politique ultralibérale et l’organisation des règles du jeu politique

 

1-la politique économique ultralibérale

Cramponnée à sa doxa budgétaire et sous diktat de l’Union Européenne cette politique a pour effet la diminution, la dégradation et la disparition des services publics, voire leur privatisation désastreuse, la désertification de pans entiers du territoire au profit de métropoles/mégalopoles impliquant une mobilité contraignante et coûteuse avec d’un côté un appauvrissement généralisé et de l’autre des spéculations en tout genre notamment immobilière, la déstructuration du tissu associatif, le durcissement du milieu professionnel par la disparition des protections salariales, l’aggravation des conditions de travail et une répression aggravée des salariés et de leurs défenseurs syndicalistes, le déboulonnage de la Sécurité Sociale, la compétition et la confrontation par l’individualisation excessive des rapports sociaux, un contrôle exacerbé des bénéficiaires des minimas sociaux ou des indemnités chômage, une pression à la baisse des salaires, des augmentations insensés des produits de base notamment énergétiques, mais aussi des largesses indécentes et insensées pour les plus riches avec lesquelles ces derniers vont spéculer dans la bulle financière qui ne va pas tarder à exploser, au lieu d’investir dans l’économie réelle, accroissant ainsi l’inégalité et l’injustice fiscales assassines. Une large part de la population, très large aujourd’hui puisque elle inclut non seulement les plus pauvres mais aussi une proportion toujours plus grande de la population moyenne, n’arrive plus à faire face, submergée qu’elle est par des difficultés financières insurmontables aggravées par les conséquences directement liées au délitement total de l’Etat que les libéraux ont d’autant plus facilement engagé qu’ils ont colonisé ce dernier ainsi que toutes les institutions afférentes. Sans perspective, sentiment accentué par l’action du parti médiatique, mais aussi par l'attentisme, la retenue et l'incohérence politique des appareils syndicaux nationaux dont certains responsables ont sombré dans la plus sordide trahison, désespéré et donc résigné le peuple semblait devoir supporter à l’infini cette vie de misère comme son ancêtre d’avant 1789 l’avait supportée durant des siècles. Mais ça bouillait sous le couvercle.

 

2-l’organisation des règles du jeu politique

C’est l’autre aspect fondamental du blocage. En tentant de se draper dans les habits blancs de la démocratie parce que des élections nationalement décisives ont lieu tous les 5 ans, l’infâme jeu d’ombres que donne à voir la gesticulation politique des partisans du système laisse croire aux citoyens qu’en ces moment-là et uniquement en ceux-là, un choix d’options s’offre à eux mais qu’entre temps les décisions et les votes des lois n’appartiennent qu’aux élus sans que ces derniers ne rendent compte de quoi que ce soit. En réalité tout a été mis et est mis en œuvre pour que rien ne change et que la politique prédatrice ultralibérale se poursuive. C’est ici que sont étroitement entrelacés les filaments des deux méduses, véritable nœud gordien du système : la stratégie politicienne supportée et sciemment distillée par le parti médiatique et la Constitution de la 5ème République génitrice d’un pouvoir absolu et personnel de type monarchique.

 

La stratégie

politicienne

Rappelons d’abord que c’est à partir de 1983 que commence la dérive libérale du PS c’est-à-dire de la « gauche » dite de gouvernement. Cette dérive va se traduire, à l’instar de ce qui se déroulait en Allemagne et au niveau du parlement européen, par un rapprochement de plus en plus net des visions socio-économiques du PS et de la droite jusqu’à se transformer en une similitude totale, autorisant publiquement certains avant-gardistes des deux camps à laisser supposer comme conséquence une grande coalition à l’allemande qui a commencé à éclore lors des élections régionales de 2015. Mais ce mouvement, venant pourtant de loin, a été trop long à se concrétiser au plan national entre les partis traditionnels PS, LR, Modem, UDI, EELV, aux yeux des alchimistes financiers pan européistes. C’est ainsi qu’ils ont mandaté et soutenu leur petit magicien Macron qui n’avait plus qu’à cueillir ce projet bien mûr en rassemblant en un tour de main au sein du même panier LREM, les politiciens du centre, de droite et de « gauche » (PS et satellites). La gauche de gouvernement, et notamment sous la mandature de Hollande, a non seulement abimé le mot de gauche mais elle l’a détruit en lui ôtant sa signification originelle. Désormais tous ces partis sont regroupés autour d’une seule vision commune qu’ils ont porté au niveau européen, le libéralisme (La défense de l’Europe telle qu’elle est assigne également dans cette catégorie le parti de Hamon, Génération.s). Quelle a donc été la stratégie politicienne pour en arriver là avec l’assentiment électoral des citoyens alors que dans le même temps l’ignoble trahison des idées de gauche était de plus en plus ressentie et honnie par les citoyens de gauche et qu’au-delà une grande majorité de français dénonce tous les reculs dont elle est victime dans sa vie quotidienne et qui sont les effets directs de cette politique libérale? Deux ressorts politiciens ont été mis en œuvre et largement instillés dans les esprits par le parti médiatique, seconde peau du système, qu’il faut pointer ici comme le moyen décisif de lobotomisation des cerveaux y compris de ceux qui s’en défendent (notons qu’en invitant en turn-over les représentants des partis ci-dessus mentionnés ces médias ne font preuve d’aucune pluralité puisque ces invités défendent tous le libéralisme, une pensée unique qui nous rapproche donc dangereusement du parti unique). Ces deux ressorts qu’ils ont fait fonctionner de façon complémentaire telle une martingale sont d’une part empêcher toute alternative reprenant le flambeau des fondamentaux de gauche et d’autre part utiliser le Rassemblement National (ex-FN) à la fois comme le déversoir de toutes les colères dévoyées et le repoussoir ultime pour continuer à prospérer.

  • Quand les citoyens de gauche commencèrent à se rendre compte de la supercherie de l’alternance entre PS et Droite et dès qu’ils furent en recherche d’une vraie alternative, il était clair que la domination insolente du PS à gauche ne pouvait que se fissurer. Toute proposition d’alternative construite  arrivant dans le paysage politique était pour ce parti un danger potentiel sérieux pour lui-même et plus fondamentalement pour le libéralisme auquel il s’était soumis : il se devait donc, seul d’abord, avec l’appui de ses congénères libéraux de droite ensuite, d’empêcher par tous les moyens (décrédibilisation, pression, chantage) entonnés par la meute médiatique, une telle option de poindre. Cette option pointa pourtant en 2012 avec les 11% de Jean-Luc Mélenchon au nom du Front de Gauche et l’espoir populaire pouvait renaitre. Dès cet instant l’intelligentsia du PS a compris ce qui était en train de se passer et commença son action de déstabilisation dans les mois qui suivirent l’élection de 2012,  facilitée par le comportement stratégique à géométrie variable d’un des principaux alliés du Front de Gauche lors de scrutins intermédiaires, ce qui était vu pour le moins avec étonnement pour le citoyen lambda. Le PS avait tellement bien compris le danger qu’il l’avait même subodoré en missionnant déjà à l’époque Benoît Hamon au sein de l’équipe de campagne de François Hollande, comme rabatteur à gauche afin de contenir au maximum l’élan du candidat du Front de Gauche (Cf Le Figaro numérique du 20/01/2012). Des odieuses pressions pendant la mascarade des primaires du PS à l’ignoble et caricaturale opération des perquisitions contre LFI, je ne déclinerai pas dans le détail la campagne quasi permanente de Mélenchon-bashing et anti LFI qui a débuté dès 2015 quand JLM a créé ce mouvement et proposé sa candidature rapidement appuyée par 500.000 citoyens, Mélenchon-bashing qui se poursuit avec force aujourd’hui. Cette volonté d’empêcher une vraie alternative à gauche de prendre les commandes a atteint son paroxysme lors de la présidentielle de 2017 : c’est volontairement que Benoît Hamon, décidément maitre des basses œuvres en la matière, a, en refusant de se retirer, permis à Marine Le Pen d’être présente au second tour et à Macron et au libéralisme prédateur de poursuivre leur politique. La social-démocratie, flétrie par ses trahisons, s’est définitivement condamnée dans son rôle de courte-échelle au scénario électoral du malheur, du non-choix et donc de l’enfermement politique et du verrouillage des issues.

Pour être sûr que cette stratégie politicienne fonctionne à tous les coups, la classe politique libérale et ses médias asservis ont tout mis en œuvre pour à la fois dédiaboliser le RN (ex-FN)  au fil de l’eau et en faire un repoussoir quelques temps avant un scrutin d’importance.

  • La fissure par laquelle la dédiabolisation a pu par la suite prendre de l’ampleur s’est produite quand d’abord la droite, puis le PS droitisé, ont intégré dans leur vision de la société des thèmes de l’extrême droite notamment l’obsession sécuritaire et l’immigration pour soit disant stopper l’ascension du RN, mais c’est l’inverse qui s’est produit. Ce furoncle était là, enkysté,  et allait changer de visage quand la fille Marine remplaça le père Jean-Marie, et prit, en apparence du moins, ses distances avec les horreurs paternelles. Il n’en fallut pas plus au parti médiatique pour orchestrer à quatre mains l’air de la dédiabolisation  et celui du repoussoir, le premier préparant le second, sachant que le RN, parti économiquement libéral s’il en est, était bien évidemment complice de cette stratégie, et l’est toujours. La campagne médiatique n’a cessé de porter la nouvelle « respectabilité » du RN en se basant notamment sur la pseudo condamnation des dérapages du fondateur, sur le traitement de « bon sens » de l’immigration qui n’était plus désormais si éloigné de la vision des partis de gouvernement, sur le virage « social » affiché qui envoyait à destination de certains territoires le message de l’alliance de la dureté anti-immigrés avec la prise en compte des préoccupations de vie quotidienne des « français » abandonnés à cause des largesses envers les immigrés. En s’emparant avec délectation malhonnête de ce « virage social », les libéraux et leurs médias ont voulu enclencher un processus et un anathème afin de prendre en étau et tuer dans l’œuf l’alternative à gauche : pousser les gens de ces territoires qui ne l’avaient pas fait vers le RN et amalgamer RN et LFI pour détacher les classes moyennes et supérieures de cette dernière. Quant au seul fait de se taire sur les causes réelles du malheur social des gens (finance, banques, bourses, dividendes) face au RN qui désigne les immigrés comme seule cause de ce fléau, les médias chiens de garde parachèvent leur complicité avec le parti d’extrême droite, complicité accentuée quand ils accusent, en contre point, Jean-Luc Mélenchon de proposer les mêmes mesures sociales que Marine Le Pen (la fielleuse logorrhée de l’amalgame) alors que c’est le RN qui se calque sur LFI en cachant au mieux son insincérité sur ce point, ce qui est aujourd’hui démontré quand on voit le RN soutenir les gilets jaunes mais en même temps être contre leurs principales revendications (augmentation du SMIC, retour de l’ISF) et pour la répression sauvage de leurs manifestations !

Parallèlement à cette campagne de dédiabolisation il est remarquable de constater qu’à la veille de scrutins importants la fièvre médiatique s’emballe à nouveau sur le thème de l’immigration, les micros sont open bar pour recueillir les propos insanes du RN qui se délecte des images de bateaux remplis de migrants répétitives à souhait et filmées sous des angles laissant supposer une véritable invasion alors qu’il n’en est rien. Les « grands » éditorialistes défenseurs acharnés de l’Europe capitaliste et prédatrice devisent sur le thème essentiel que seraient les flux migratoires félicitant au passage Le Pen pour sa stratégie gagnante. Comme par hasard c’est à trois mois des élections européennes que le gouvernement ultralibéral macroniste réactualise le dossier sur le retour, qui serait imminent, des djihadistes français de Syrie. Un hasard ? Pas du tout. Cela permet de redonner du souffle au RN sur son thème de prédilection dans un poujadisme exacerbé et en même temps de sonner le rassemblement autour des libéraux européistes pour que cet horrible parti n’arrive pas en tête et donc de voter utile et de faire barrage en demandant encore une fois aux français de se transformer en castors en délaissant une fois de plus la vraie et seule alternative intéressante, LFI, en refaisant le coup de la présidentielle de 2017.

Cette stratégie machiavélique par laquelle les français se font régulièrement bernés permet donc au libéralisme d’espérer son éternité et surtout de boucher toutes les issues, objectif que la constitution de la 5è république renforce aisément.

 

"En fait, les institutions de la surdité organisée finissent toujours par recueillir l’émeute, et c’est dans l’ordre des choses." Frédéric Lordon

La constitution de

la 5ème république

Le socle justificatif de cette constitution a été l’instabilité chronique de la 4ème république. Depuis cette époque jusqu’à nos jours les cerveaux des différentes générations ont été imbibés par cette peur souvent irraisonnée de l’instabilité politique pour adouber la constitution de la 5ème république. Malgré les mises en garde d’une dérive d’un pouvoir personnel et autoritaire lancées notamment par le PCF qui de mémoire a été le seul parti important du moment à appeler à voter non au référendum (alors qu’aujourd’hui il est peu enthousiaste pour une 6ème république, nouvel étonnement pour le moins), le texte a été approuvé par 82% des français. Il faut dire aussi que le contexte de la guerre d’Algérie n’a pas favorisé un débat serein et que la stature historique encore récente de de Gaulle en a écrasé le souffle. Certains ont même parlé d’un coup d’Etat larvé sur l’instant, d’aucun ayant qualifié la période qui s’ouvrait de « coup d’Etat permanent » (F Mitterrand). Les opposants à cette constitution avaient décelé les dangers de ce texte pour l’expression démocratique et les libertés publiques, texte certes soumis au vote mais dont l’écriture n’émanait pas du peuple assemblé en constituante. A une question sur ce thème de Gaulle avait répondu en substance « ce n’est pas à 67 ans que je vais entamer une carrière de dictateur », sauf que là Macron en a 40 ! L’élaboration du texte fondamental s’est donc faite selon une méthode élitiste décidée par ceux qui savent ce qui est bien pour eux sans vouloir savoir ce qui est bon pour le grand nombre qu’ils ont d’emblée écarté. Cette argutie de la stabilité politique n’a servi qu’à mettre en place un système aux travers inverses car cette constitution drainait tous les pouvoirs vers un seul homme, le Président de la République, travers que l’on a volontairement aggravé au fil du temps au gré des différentes révisions dont la quasi-totalité  a été accomplie sans consultation populaire en réduisant le rôle du Parlement face à celui du Président. Cette constitution n’a fait qu’accentuer l’éloignement ou plutôt le divorce entre le peuple et ses supposés représentants. L’accaparement des institutions et de ses différents mécanismes par une caste oligarchique œuvrant pour son seul intérêt par le biais de marionnettes qu’elle a fait élire a détruit peu à peu la confiance des citoyens dans la démocratie représentative (augmentation sans cesse du taux d’abstentions qui atteint des records). A cet éloignement dû à la nature des institutions se sont rajoutés toutes les malversations financières et autres magouilles qui ont accéléré le phénomène de rejet, certaines étant le fait d’actes individuels (ce qui n’atténue en rien leur caractère abject), d’autres étant le fait d'élus en bandes organisées. La dernière révision constitutionnelle dont l’objet était l’instauration du quinquennat et l’inversion du calendrier entre la présidentielle et les législatives afin de renforcer encore plus la position présidentielle a été soumise à référendum (rarissime) : le désintérêt, le dégoût, la quasi confidentialité d’une campagne et le silence assourdissant des médias sur les enjeux ont frappé cette approbation à 70% d’une illégitimité certaine puisqu’elle s’est exprimée dans un océan d’abstentions (70%).

 

L’assemblée nationale qui est le lieu où se réunissent et débattent les élus c’est-à-dire les représentants, en quoi est-elle représentative de la société française en terme de catégories socio-professionnelles  par exemple ou même en terme de sensibilité politique dans le pays ?

Qu’il s’agisse du système électoral à deux tours (élections présidentielle et législatives) fonctionnant comme une guillotine qui ratiboise, élimine, bref qui rend invisible une grande partie du peuple voire sa majorité car un parti minoritaire peut avoir la majorité des sièges à l’Assemblée Nationale sans être majoritaire dans le pays et un candidat être Président avec 60% des votants alors qu’il représente moins d’un quart des votants au premier tour, phénomène accentué quand, comme on l’a vu, tout est fait pour qu’en face de lui reste le ou la candidat-e repoussoir, un effet guillotine renforcé pour les législatives qui sont basées sur des circonscriptions et pour lesquelles il faut 15% des inscrits(mission quasi impossible) au candidat arrivé en 3ème position pour se maintenir au second tour, ce qui donne mécaniquement des majorités pléthoriques qui ne correspondent en rien à la réalité du pays (est-ce démocratique quand un parti fait 20% des votants aux législatives et à la présidentielle et se retrouvent avec 73% des députés ?), un système électoral qui de fait autorise toutes les combines d’appareils et d’états-majors sans aucune transparence ni implication populaire et qui de fait peut se permettre d’élaborer des alliances insincères ou de propulser les amis du sérail,

qu’il s’agisse de la toute-puissance du ministère de l’intérieur dans le découpage et le redécoupage et finalement le charcutage des circonscriptions en faveur du parti au pouvoir,

qu’il s’agisse de l’absence totale de proportionnelle, de la non prise en compte du vote blanc ni de l’abstention massive dont on nie la signification dans toutes les analyses, les élus à 10% des inscrits sont tout heureux d’accéder à leur sinécure, disant dans un rictus fendant leur mise réjouie « les gens n’ont qu’à aller voter, je suis légitimement élu », confondant sciemment la notion de légalité (son élection est légale) avec la notion de légitimité (son élection est illégitime, d’autant plus qu’il va se comporter en seigneur féodal pendant 5 ans sans aucun contrôle ni possibilité d’être révoqué). Je rappelle que dans certains pays, en deçà d’un taux d’abstention et/ou de votes blancs défini, le résultat du vote est annulé,

qu’il s’agisse de l’absence totale de contrôle du peuple en cours de mandat notamment par le référendum révocatoire, de la confusion volontaire entre élection d’un représentant et vote d’une loi (ex : 70% français sont pour le retour de l’ISF et un parti fut-il majoritaire à l’assemblée s’y oppose, autrement dit le peuple élit mais ne vote pas et sa volonté n’est pas respectée),

qu’il s’agisse de l’absence de toute initiative du peuple pour proposer une loi ou en contester la validité d’une autre, du déséquilibre total entre exécutif et législatif le premier ayant totale mainmise sur le second et ayant la maitrise des projets de lois qui sont prioritaires sur les propositions de lois de l’Assemblée Nationale (c’est le président qui mène la danse), cette prééminence prenant de l’ampleur au fil des révisions de la Constitution comme l’introduction du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral ou du projet macronien pour l’instant remisé pour cause d’affaire Benalla qui finit d’écraser totalement le rôle du Parlement,

qu’il s’agisse de la menace de dissolution de l’Assemblée Nationle par le Président, véritable épée de Damoclès qui contraint ainsi les députés majoritaires à être des godillots au service du Président et de leur parti avant d’être les représentants des citoyens qui les ont élus, pourtant la base même de la démocratie,

qu’il s’agisse de l’art 16 qui permet au Président de s’octroyer les pleins pouvoirs sans contre seing sachant que les contre- pouvoirs dans cette situation exceptionnelle comme le Conseil Constitutionnel, les présidents des assemblées ou l’assemblée elle-même qui ne peut être dissoute sont purement formels quand on sait par expérience que ces organes sont plutôt jugulaires et que l’Assemblée Nationale est généralement du côté du Président et n’est donc en rien une garantie pour les libertés démocratiques,

on ne peut que constater que notre constitution est bien loin d’être un modèle de respiration démocratique. Tous ces « s’agissant », et j’ai dû en oublier, sont démonstratifs d’un blocage institutionnel qui verrouille la vie politique en permettant à des extrémistes, et Macron et sa bande en sont de terribles, de se rigidifier sur leur cap et même de l’aggraver empêchant toute issue à l’instar de la situation sociale et économique qui met en apnée la vie quotidienne de millions de citoyens. Il est clair que le risque de basculement vers une dictature réside dans les gènes de cette constitution… Le comportement godillot des LREM, s’il fait sourire comme celui d’une armée de playmobil , est surtout très dangereux dans une telle configuration et ce ne sont pas les 50 députés de la majorité qui se sont bien battus contre leur camp dans le cadre du vote de la loi « anti casseurs » qui n’est autre qu’une loi liberticide et scélérate qui remet en cause le droit de manifester, qui vont renverser la vapeur..

La constitution actuelle ayant été de plus en plus déséquilibrée au gré de ses révisions en faveur de la présidence a été un accélérateur de la dégénérescence de notre société et elle agit comme un étouffoir et un verrou sur la vie démocratique en bloquant tous les accès et toutes les sorties du rond-point citoyen. Ainsi au plan de sa citoyenneté le peuple est pris dans une nasse empêchant toute espérance d’appropriation de son propre destin comme la nasse policière totalement gazée interdit d’accéder à l’air pur. Une configuration violente légale qui ne peut qu’engendrer une contre violence légitime.

Ainsi comme nous venons de le voir la vie socio-économique et la vie institutionnelle ont été agencées de telle sorte que les voies de sortie doivent nécessairement affronter la violence « légale » mais illégitime du système dans son ensemble. La seule modalité qui peut vraiment changer la donne c’est le très grand nombre qui force le calme et le respect : des millions de gens dans les rues sur un rythme soutenu voire continu pour aboutir à l’organisation d’une Assemblée Constituante, seul moyen de rebattre les cartes avec le peuple acteur et reprenant en main son destin.

 

A ce jour nous avons d’un côté un peuple aux difficultés sociales exacerbées qui n’en peut plus et met en lumière les problèmes de fond de la vie en société avec le partage des richesses, le pouvoir d’achat, la justice fiscale, la démocratie et de l’autre une caste, une oligarchie qui ont confisque tout cela, veulent le garder et ne veulent donc pas en discuter et donc apporter les réponses politiques à cet égard. Du point de vue du gouvernement il ne peut donc y avoir qu’une solution, celle de la répression et il met tout en œuvre à la fois dans le discours provocateur et dans l’action et la technique du maintien de l’ordre dont il est politiquement responsable et coupable pour briser ce mouvement sans y apporter de réponses. C’est donc l’affrontement peuple vs caste qui est à l’ordre du jour et qui n’a jamais cessé de l’être depuis des décennies. Sauf qu’aujourd’hui il semblerait que le point paroxystique a été atteint. C’est une véritable guerre qu’ont déclaré au peuple les descendants d’Adolphe Thiers, le célèbre massacreur de la Commune de Paris, qui fut hélas soutenu par la plus grande partie de la presse de l'époque comme quoi... Alors NON, cette façon de maintenir l’ordre n’est absolument pas républicaine et ce n’est ni l’ordre républicain ni la République qui sont ainsi défendus mais l’ordre de la caste, l’ordre oligarchique, l’ordre capitaliste.

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