Je mets à jour cet article ce 13 décembre 2018 à 21h35 pour vous faire partager en fin de texte une vidéo extrait de la 80ème Revue de la Semaine de Jean-Luc Mélenchon qui analyse au fond cette intervention du Président, ses effets, le tout dans le nouveau contexte de l'attentat de Strasbourg.

 

L'intervention du Président était très attendue, une attente savamment entretenue par son service de communication et par le parti médiatique pour faire monter à son paroxysme l’intérêt que les français devaient porter à un discours supposé mettre fin à la crise. Le problème est que, dès son entrée en matière, il s’est engagé sur un propos plus proche d’Adolphe Thiers que de Louise Michel et qu’après analyse des « mesures » on se  rend compte que l’espoir de sortie par le haut s’est dégonflé comme une baudruche.

1-Odieuse entrée en matière : à un peuple en attente de fortes mesures sociales et de justice sociale, il a d’abord sorti la menace de la répression du mouvement en s’appuyant sur les violences qui ont émaillé les différentes manifestations des gilets jaunes alors que la majorité de ces derniers est pacifique. Il est clair ici que les violences font le jeu du pouvoir, et il s’en est servi en pointant les agressions contre les forces de l’ordre et les dégradations des lieux publics et des commerces. Sauf que cette violence a été la plupart du temps le fait de la police et de la gendarmerie dont les ordres étaient finalement d’exciter les manifestants en les coinçant dans des nasses tout en leur demandant de dégager (ce qui était donc impossible) et en les gazant parce qu'ils n'obtempéraient pas. Les réactions sont alors évidentes. Dans cette partie du discours, Macron n’a eu aucun mot de compassion pour les gilets jaunes qui ont perdu un œil, une main, ou ont eu une partie du visage arrachée ou ont été très gravement blessé à la tête, au torse et aux jambes par des flashball tirés hors de toute règlementation.

2-Apparence et tonalité du discours dans la seconde partie : il a bien tenté de faire dans le solennel, la dramaturgie et la dignité compassionnelle. Échec total. N’est pas de Gaulle ou Mère Thérésa qui veut. Tout sentait, en dehors du sapin, le surfait, l’artificiel et le contraint. Encore quelques cours Florent, Monsieur le Président ! Le ton était mielleux dans une insincérité totale, des « yeux de gobi » hypocritement humidifiés par un maquillage habile et fixant stupidement un prompteur rassurant.

3-Propositions en trompe l’œil : cette révolte des gilets jaunes qui a donné à voir l’extrême misère d’une grande partie de la population mais aussi une part de la population moyenne en cours de naufrage, tient la dragée haute au gouvernement. Tous les politiques (ou presque) ne les voyaient pas ou ne voulaient pas les voir, plus soucieux du déficit budgétaire, des 3% à ne pas dépasser par idolâtrie de l’Union Européenne capitaliste et de la libération des énergies par l’accélération d’un gavage des déjà gavés. Un seul candidat a vu tout cela pendant sa campagne électorale et l’a dit et redit, a averti, a porté un programme idoine, mais il n’a pas assez été entendu par les concernés eux-mêmes et a été traité de misérabiliste (pardon, populiste) par les foies gras. Pour être crédible il fallait donc que le Président Macron annonce de fortes mesures sociales pérennes et un rééquilibrage indispensable dans le sens de la justice fiscale. Hélas, trois fois hélas ! Ce qui peut apparaitre pour beaucoup comme des reculs claironnés comme tels par des médias poussant à l’arrêt du mouvement, ne sont en réalité que des pas de côté, des propositions en trompe l’œil.

-la prime de fin d’année comme toutes les primes n’est pas pérenne et elle sera octroyée au bon vouloir de l’employeur. Elle est exonérée de cotisations sociales et non imposable. Ainsi les entreprises qui payaient déjà une prime vont profiter de l’effet d’aubaine de la défiscalisation et de la désocialisation.

-l’augmentation du SMIC annoncée comme telle à 100€ est une véritable entourloupe. Voyons ! Ces 100 euros se décomposent comme suit :

*augmentation basique annuelle prévue du SMIC de 1,8% soit 30 euros

*avance regroupée des revalorisations de la prime d’activité qui étaient prévues en trois fois à savoir 30€ an avril 2019, 20€ en octobre 2020 et 20€ en octobre 2021, soit 70€, ce qui fait au total 100€.

Seule la part correspondant aux 1,8% sera soumise à cotisations, le reste (70€) sera payé par l’impôt et la SECU (défiscalisation et désocialisation). Il s’agit d’une véritable entourloupe d’abord parce que seuls 30% des SMICARDS bénéficieront de ces 70€ car il suffit que le conjoint travaille avec un salaire de 1,5 fois le SMIC pour ne pas avoir droit à la prime d’activité, ensuite parce que certains vont se retrouver imposables et il n’est pas sûr, in fine, qu’ils soient gagnants.

-la restitution de la CSG aux retraités dont la retraite mensuelle se situe entre 1200 et 2000€ est une bonne nouvelle pour les concernés mais elle ne fait que rétablir une situation ante sans régler le problème de fond du montant global des pensions dont les augmentations éventuelles demeurent désindexées de l’inflation. De fait la pouvoir d’achat des retraites va continuer à diminuer. De plus cette mesure ne règle en rien la situation catastrophique des retraités qui n’avaient pas été touchés par l’augmentation de la CSG pour cause de retraites trop faibles, et qui donc restent trop faibles, et leur misère continue…

-les heures supplémentaires défiscalisées et désocialisées non seulement ne seront « bénéfiques » aux concernés que si l’employeur le décide mais encore elles constituent une mesure contre l’emploi et participent fortement, avec l’ensemble des autres mesures, au pillage de la SECU qui à force ne pourra plus accomplir ses missions ce qui sera un  prétexte à son enterrement de première classe. Faire disparaitre la SECU est le but ultime des libéraux. Les français, y compris les plus modestes, doivent comprendre que des augmentations du salaire net en diminuant les cotisations sociales, c’est signer l’acte de mort de la SECU. Les cotisations sociales des salariés font parties de leur salaire ; elles constituent en les ajoutant au salaire net leur salaire brut.

4-Les propositions absentes : l’indigence des mesures annoncées et le manque de souffle de la posture présidentielle n'ont fait que surligner l’absence insolente de mesures de justice fiscale qui auraient apaisé la colère. Les miettes, car il s’agit bien de cela, qui vont être distribuées renvoient en pleine figure des gilets jaunes et des français la morgue de la caste qui reste protégée par le Président puisque elle l’a mis en place pour cela. Il n’y aura donc pas de retour à l’indexation des retraites sur l’inflation qui aurait permis à l’ensemble des retraités de ne plus perdre en pouvoir d’achat, pas de retour de l’ISF (4 milliards d’euros), ni d’annulation du CICE (40 milliards en 2019) qui a été quasiment sans effet sur l’emploi, décisions qui auraient permis de financer de plus vastes mesures sociales ainsi qu’entamer efficacement la transition écologique qui, soit dit en passant, est complètement passée à la trappe alors qu’elle était l’excuse maitresse pour accroitre les taxes sur les carburants, étonnant non ! Et pendant que la Président pérorait, le Sénat de droite confirmait la baisse de l’exit-tax favorisant ainsi encore le capital.

5-Les confirmations : il poursuivra dans le même esprit libéral ses réformes (je dirai la destruction du pays) avec notamment  la contre réforme des retraites qui reste un incommensurable recul social masqué par une arnaque communicationnelle monstrueuse.

 

En conclusion, malgré les tentatives de division manigancées par le pouvoir et ses médias, malgré la mise en avant par ces derniers des gilets jaunes traitres qui en avaient déjà la tête avant même de trahir (chacun a son Berger), malgré les positions et déclarations initiales pour le moins maladroites des confédérations syndicales envers ce mouvement, il est impératif que le mouvement des gilets jaunes se poursuive et amplifie avec l’appui décisif des syndicats et notamment de la CGT qui a heureusement évolué positivement depuis peu, en espérant que cet appui signifie une extension forte du conflit avec généralisation des grèves et non un moyen d’étouffement. Pour cela il faut avant tout compter sur les bases syndicales locales plutôt que de s’en remettre à des confédérations trop éloignées des réalités, car il faut bien le dire, les gilets jaunes ont en partie réussi en un mois là où les syndicats ont échoué, pire, où ils n’ont pas voulu aller.

S’il n’y a pas d’acte V, ou s’il est trop faible parce que les machiavels auront encore une fois gagné en traficotant, alors attendez-vous à encore plus de rancœur, plus de rejet et in fine à une explosion atomique d'ici quelques mois.

Extrait de la 80ème Revue de la Semaine

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