Mise à jour de l'article : le 14 décembre 2018, Bourdin lance un sondage "Les médias nous mentent-ils ?" Réponse, plus de 90% répondent OUI. Ah il s'en est mordu les doigts le Jean-Jacques, mais finalement merci à lui !!

 

Le parti médiatique ! En voilà une expression à consonance volontairement politique lancée un jour par Jean-Luc Mélenchon et qui a profondément heurté le microcosme journalistique parce que reçue comme péjorative par ce milieu  déjà mal en point dans l’opinion! A y regarder de plus près on va voir qu’elle ne fait que recouvrir en une formule ramassée le sujet brillamment traité par le film de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat au titre non moins ravageur « Les nouveaux chiens de garde ». Mais qu’en est-il en réalité ? A quoi correspondrait une telle dénomination ? Et peut-on imaginer une acception et donc un champ d’application beaucoup plus large d’une telle formule ? Pour avancer sur ces questions tentons d’abord une définition pour chacun des termes utilisés.

Le parti : étant prononcé dans le cadre du champ politique, il ne fait aucun doute que ce terme renvoie à la notion de parti politique. Un parti politique est une organisation structurée regroupant des individus autour d’un organigramme (direction, hiérarchie et militants de terrain) qui se donnent collectivement un objectif politique à atteindre et échafaudent une stratégie pour y parvenir et qui affichent donc un parti pris. A ce titre « le parti » peut aussi s’associer, s’allier voire fusionner avec « d’autres partis » qui soutiennent les mêmes objectifs.

Médiatique : si ce qualificatif  fait  aujourd’hui directement référence à la presse sous toutes ses représentations que l’on nomme médias, et ce sont eux, là, qui sont effectivement visés, il renvoie fondamentalement au substantif latin originel « medium », (pluriel media) qui signifie le milieu, l’intermédiaire, celui ou celle qui se situe généralement entre un émetteur et un récepteur c’est à dire la personne physique ou morale ou leur regroupement ou même par extension une fonction qui récolte, analyse, prépare et diffuse du contenu pour l’esprit appelé aussi information dans son acception la plus large, et ce à travers un outil, un support.

Ces définitions croisées permettent de répondre aux questions ci-dessus et notamment de montrer en quoi et comment les grands médias et leurs têtes d’affiche se comportent en parti politique en utilisant le matériau politique à des fins partisanes et d’influence, et de découvrir que cette notion de « parti médiatique » couvre un champ d’application bien plus large que les médias stricto sensu.

 

Les médias dits d’information

Aujourd’hui neuf milliardaires du CAC 40 ont la main mise économique sur 90% des médias (presse écrite, radios et télévision). Il est clair que l’ordonnance de 1944, établie par le CNR encore clandestin interdisant la concentration de la presse, a volé en éclats et donc se pose logiquement la question de savoir si le pluralisme d’opinion qu’elle protégeait avait disparu avec elle. Certains avaient pensé qu’avec la légalisation des radios libres au début des années 1980 et dans la foulée avec la multiplication des chaines de télévision, nous étions entrés dans une ère de frénésie démocratique où chacun allait avoir sa place et qu’on laissait derrière nous une période grise où trois chaines TV et quelques radios étaient contrôlées par le ministère de l’information. Certaines émissions de qualité qui cassaient les codes, antithèses du politiquement correct d’aujourd’hui, comme « Droit de réponse » de Michel Polac ou la création d’une chaine privée de qualité comme Canal+, semblaient leur donner raison. Mais ils allaient vite déchanter car l’ultralibéralisme s’accélérant et la concurrence libre et non faussée pointant à l’horizon allaient confirmer cette désillusion. Les radios libres, faute de moyens et par absence de volonté publique d’instaurer un système permettant d’éviter cet écueil, allaient pour la plupart s’auto détruire sous l’effet de l’appât contraint constitué par la source de financement publicitaire avec ses exigences d’audimat. Nombreuses furent celles qui disparurent des ondes, les autres perdirent leur âme. L’explosion des chaines de télévision commerciales et leur médiocrité annonçaient les chaines en info continue tandis que « Droit de réponse » disparaissait à la veille du second mandat de Mitterrand, jusqu’à cette concentration des médias tout confondus entre quelques mains qui a entre autre totalement défiguré Canal+. Ainsi la multiplication des sigles, logos ou titres, qui aurait pu laisser penser à une forte dynamisation du pluralisme d’opinion, apparait comme un leurre car ces    « appellations » sont « contrôlées », rassemblées par paquets, par chacun des neuf milliardaires. A cet instant on peut se poser la question suivante : mais quel intérêt a motivé ces grands groupes qui habituellement ne recherchent que le profit et la rentabilité immédiats, en investissant massivement dans les médias qui au final coûtent très cher mais rapportent peu, pas du tout ou sont en délicatesse financière chronique ? Cet intérêt existe et il présente au moins autant de valeur que les milliards de profits auxquels sont abonnés ces grands groupes : c’est, en  possédant ces moyens exceptionnels qui fabriquent des produits à usage du cerveau, disposer à priori d’un gigantesque pouvoir d’influence sur les citoyens qui, dans leur grande majorité, s’abreuvent notamment à leurs postes de télévision. Peut-on disposer potentiellement d’un tel pouvoir et ne pas l’utiliser pour protéger ses propres intérêts et sa vision de la société ? Bien sûr que non car ces groupes ne sont pas des philanthropes pour investir à perte, il leur faut absolument un retour sur investissement, et ce sera donc le vote majoritaire des citoyens pérennisant le système socio-économique favorable au CAC40 qu’ils auront obtenu en instillant au quotidien l’idée que le système libéral c’est la forme de gestion indépassable de la société. Ainsi la pérennité dudit système est affublée du label démocratique alors qu’elle n’est obtenue que par la manipulation des esprits avec en soutien latéral tous les partis politiques libéraux de droite ou soit disant de gauche.

Le service public a les mêmes objectifs et se comporte donc en allié du système d’information privé : le capitalisme financiarisé et son idéologie ont littéralement colonisé l’État et les différentes institutions par divers mécanismes dont le pantouflage (voir notamment les  très hauts fonctionnaires dont ceux de Bercy qui se retrouvent au cœur stratégique des finances publiques) jusqu’à parvenir à mettre à la tête de l’État un banquier d’affaires. Ainsi le service public d’information n’échappe pas à cette influence néfaste et pour tout dire à cette tutelle de la doxa libérale sans être financé par les grands groupes. C’est une sorte de hold-up : un service public au service du libéralisme mais financé par les contribuables !

Quels sont les moyens et les méthodes utilisées pour que l’entreprise de manipulation fonctionne ? Décortiquons-les au mieux.

 

Tout d’abord plantons ce qui tient lieu de décor de façon prégnante, la grande trouvaille de base, les chaînes en continue. Cette option d’où découle la répétition en boucle et qui de fait rappelle la bonne  vieille propagande, permet d’optimiser une diffusion permanente et constante de  la petite musique de l’évidence libérale sur l’ensemble des types d’émission que j’appellerai séquences dont les principales sont : les éditoriaux, les JT, les interviewes d’un représentant politique par des journalistes, les débats entre éditorialistes, journalistes et « représentants de la société civile » en présence ou pas de représentants politiques.

Les éditoriaux. Ces chaines rediffusent plusieurs fois dans la journée des éditoriaux économiques, sociaux, politiques ou boursiers menés par des éditorialistes « abonnés » de même obédience : je le dis ainsi car ils ne prennent aucune précaution quant à un hypothétique devoir de réserve ou tout simplement d’objectivité. La manière dont ils formulent leur discours revient à parler à la première personne du singulier. C’est donc leur opinion et ils le revendiquent en tant qu’éditorialistes, puisqu’ils ne sont pas journalistes. Admettons à priori cette distinction entre les deux fonctions même si certains éditorialistes sont aussi journalistes ou l’ont été, ce qui crée une confusion au détriment des journalistes même si des journalistes se comportent comme des éditorialistes, mais déjà on constate que ces chaines ne laissent aucune place à des éditoriaux sur une position antilibérale. Il y a donc un parti pris, c’est donc un acte militant dont l’objectif est d’imposer une pensée unique. (Quelques éditorialistes-journalistes bien connus : Nicolas Doze, Emmanuel Lechypre, Christian Barbier, Jean-Michel Apathie, Bernard Guetta…)

Les J.T. Quand les journalistes, peut-être sous l’influence des éditorialistes qu’ils côtoient et fréquentent tous les jours et plus sûrement à cause de leur propre formatage, rendent compte d’un évènement politique, économique ou social, ou tentent une analyse malheureusement le plus souvent approximative et/ou volontairement incomplète, ils utilisent à fond les éléments de langage, concepts et préceptes libéraux et donc gouvernementaux. Juste quelques exemples : ils assèneront le vocable charges sociales et jamais celui de cotisations sociales ou bien ils martèleront le mot d’assistanat alors que ce qu’ils désignent est de la solidarité, ils ânonneront à tort et à travers le concept de coût du travail sans jamais évoquer et à plus forte raison démontrer le coût exorbitant du capital,  ils répèteront à satiété qu’il faut libérer les énergies ce qui rend sous-jacente la nécessaire destruction du code du travail et donc de la protection des salariés ou justifie la suppression de l’ISF qui va relancer l’investissement productif alors qu’elle ne fait que renforcer la sphère financière, ils exalteront à l’unisson du gouvernement la fabuleuse augmentation du salaire net grâce à l’idée du nouveau génie des Carpates qui a consisté à diminuer et supprimer  des cotisations sociales sans jamais expliquer l’immense escroquerie de ce tour de bonneteau qui signe l’acte de décès de la SECU etc.. Afin d’appuyer leur présentation des choses les journalistes utilisent les fameux micros trottoirs qui viennent comme par hasard donner un air de vérité populaire à leur reportage comme par exemple quatre ou cinq usagers qui se déchainent contre les grévistes sans qu’on en voit un seul les soutenir : en réalité, pour les besoins de la cause, les témoignages d’usagers non conformes n’ont pas été intégrés dans le reportage, mais il est primordial de donner à voir et écouter aux spectateurs ou auditeurs que la grève est largement impopulaire pendant que l’élément de langage libéral « usagers pris en otages » ponctue plusieurs fois le commentaire. L’absence de hiérarchisation et/ou une hiérarchisation inversée de l’information est également un outil efficace pour diluer ce qui est politiquement essentiel par exemple en mettant à la une des infos secondaires dont l’importance est artificiellement amplifiée, en passant le premier quart d’heure du JT à parler des fêtes de villages et des traditions culinaires comme le fait le JT de 13h00  de TF1, ou en alternant dans un désordre orchestré des faits divers, sportifs et politiques ce qui rend le suivi très difficile et une mémorisation de l’important impossible. La scission que vient de connaitre le PS avec le départ de toute son aile gauche pour un rapprochement avec LFI est l’évènement politique majeur de ces derniers mois : il a été volontairement noyé dans la masse des informations secondaires dont notamment la colère de Mélenchon suite aux perquisitions de police politique. Il est évident que ces journalistes complices sont les têtes d’affiche, très bien rémunérés et qui sont lovés dans de l’autocensure, protégeant ainsi d’une certaine façon leurs employeurs (il s’agit généralement des présentateurs vedettes des 20h00/13h00 des chaines publiques ou des JT et émissions phares des chaines en continue comme Pujadas, Lapix, Poivre d’Arvor, Coudray, Chazal..). D’autres y sont contraints par la forte précarisation de leur statut, d’autres enfin se battent et dénoncent mais sont placardisés ou virés (Jean-Baptiste Rivoire rédacteur en chef à Canal+, Aude Lancelin ex-codirectrice de L’Obs aujourd’hui présidente de Le Media…). Lire cet article sur le recul de la liberté d'information. Cette différentiation est primordiale, et c’est ce qu’a montré à plusieurs reprises Jean-Luc Mélenchon, lui qui est injustement accusé de mettre tout le monde dans le même sac.

Les interviews d’un représentant politique par des journalistes. Les stratèges de l’information ont instauré un format d’interview qui ne permet que des réponses courtes sous prétexte d’échanges plus dynamiques et qui de fait favorise le représentant politique pro libéral. Pourquoi ? Ce type de format impose nécessairement des développements restreints qui deviennent en réalité des énoncés d’évidence et d’à priori quand ils sont conformes aux idées libérales. Ce qui est porté n’a pas besoin d’argumentations charpentées puisque le discours se raccroche à des références répétées par ailleurs à longueur de journée par la pensée unique. A l’inverse un anti libéral doit à la fois démontrer l’ineptie des-à-priori libéraux et en plus développer ses propositions et vision de la société future ce qui lui demande plus de temps. Les journalistes de service vont alors l’interrompre régulièrement pour casser son développement et perturber un bon suivi par le téléspectateur, confusion accentuée par le fait de parler en même temps que lui.

De plus l’interviewer pose souvent des questions dont la construction n’attend comme réponse voulue qu’un oui ou un non, ce qu’un anti libéral ne fera quasiment jamais parce que d’une part la complexité des situations est telle aujourd’hui qu’elle ne peut se satisfaire d’une telle réponse et que d’autre part il ne veut pas cautionner ce degré hyper simpliste du journalisme dont le but est de faire en sorte que les cerveaux récepteurs demeurent dans le simplisme de la pensée unique. En revanche un libéral aura moins de difficultés car il est en connivence et en connexion avec les éléments de langage du libéralisme qu’il a souvent lui-même contribué à créer. Dans ce type de séquence il y a généralement trois protagonistes « inquisiteurs », le journaliste de la chaine qui anime sans être forcément objectif et deux journalistes ou éditorialistes qui viennent d’un titre de presse écrite ou d’une autre station radio ou chaine TV dont la ligne éditoriale est la défense du libéralisme. De fait la façon dont les questions sont posées a toujours pour objectif de raisonner sur le terrain de la logique libérale. Alors les libéraux sont plus à l’aise. A l’occasion de la question type « que proposez-vous ? » le libéral n’aura que des curseurs à bouger dans le cadre de l’existant mais qui ne changent rien quant à la vision de la société. Le parti pris libéral s’enracine de plus en plus dans le paysage médiatique mais plus encore le parti pris anti LFI pour une raison simple : c’est le seul mouvement dont le projet inquiète sérieusement les tenants du libéralisme échevelé et impitoyable. Le parti au pouvoir considérablement affaibli et les autres partis traditionnels de droite ou dit de gauche mais  communément libéraux ne sont plus en mesure de se mesurer politiquement, c’est-à-dire sur le fond, à LFI, ils en sont donc réduits à monter contre elle des opérations spectaculaires et à faire entrer en jeu de façon inédite leur seconde peau, un autre parti, celui des médias.

La meute médiatique partisane en a fait la démonstration suite aux perquisitions in fine ordonnées par le gouvernement. Au plus gros du lâcher de chiens aucun média n’a soulevé le problème de fond démocratique posé par cette opération de police politique. Une seule chose les intéressait, la colère (justifiée et que je fis mienne) de Jean-Luc Mélenchon. Prenons, dans le cadre des interviews, le cas de celle, sur LCP, d’Emmanuel Maurel, qui a quitté le PS avec 1000 cadres et élus pour se rapprocher de LFI. Les deux journalistes à la manœuvre, sautillant comme des puces sur leur fauteuil, n’écoutaient absolument pas l’argumentation sur le fond de Maurel qui développait la remise en cause des droits démocratiques de l’opposition et la démesure d’une telle action. Seule la conséquence de cette dernière les intéressait, pas la cause. Leur agressivité envers Maurel frisait le délire, s’adressant à leur interlocuteur de façon péremptoire comme deux relais autoritaires sans doute rassurées par le soutien sans faille de leur hiérarchie, en lui disant par exemple, sous tonalité interrogative mais sous forme affirmative « vous remettez en cause l’indépendance de la justice » (!) ce qui signifie pour ces partisanes médiatiques que la justice du parquet est indépendante alors qu’on sait  que par nature il n’en est rien. Il s’agit ici d’un parti pris mensonger. Lors d’un 20h00 sur FR2, Anne-Sophie Lapix présenta un sujet sur la mobilisation citoyenne du 17 novembre 2018 sous l’angle récupération ou pas par des partis politiques. Deux partis ont fait acte officiel de tentative de récupération (RN, DLF) par leurs appels, la distribution de tracts et la participation de leur leaders. Pour La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, au meeting de Pau, a très bien analysé les causes de cette colère profonde du peuple, en a souhaité le succès mais a été très clair sur cette initiative citoyenne qui doit le rester et sur le respect de cette autonomie, chaque militant ou sympathisant LFI choisissant en tant que citoyen, d’y participer ou pas. Et bien, Mme Lapix et le reportage qui a suivi ont mis tout le monde dans le même sac de la récupération d’une manière qui friserait le rire gras de boulevard si la manipulation n’était pas aussi grossière : ils ont mis sur un même plan d’égalité des leaders nationaux qui ont affiché leur manœuvre de récupération (Le Pen, Dupont-Aignan) avec deux ou trois adhérents LFI anonymes qui auraient contacté des organisateurs du mouvement. Non seulement je doute de la véracité de cette information non démontrée mais même si c’était vrai il n’y a aucun rapport et aucun rapprochement à faire entre ces citoyens lambda et des responsables politiques nationaux chefs de partis, sauf si on a une volonté de nuire, ce qui est malheureusement le cas. Sur le même thème signalons  d’une part l’infâme article de L’Obs qui lui carrément met en exergue une alliance LFI/RN pour ce 17 novembre et d’autre part le non moins infâme comportement de Patrick Cohen dans l’émission C’est à vous face à une « responsable » du mouvement des gilets jaunes envers laquelle il fut d’une arrogance, d’une suffisance, d’un mépris, inégalés jusque-là, exerçant tous ses « talents » de petit jounaleux menteur et roublard, donnant cette image de « l’important » piétinant « le peuple ».

Les débats dits « plateaux », en entre soi : journalistes, éditorialistes, supposés de la société civile. Toute la journée sur les différentes chaines se succèdent des plateaux de « débats » des « Grandes Gueules » à « C dans l’Air » où tout ce beau monde ergote sur différents sujets mais où l’on ne trouve que des gens moulés à la sauce libérale et quand par hasard un invité combat cette pensée unique il est seul contre 3 ou 4 qui se partagent le boulot, les uns ferraillent tandis que les autres lancent des piques ou « punchlines » qui font référence à des thèmes qui n’ont rien à voir avec le sujet du jour mais qui ont fait antérieurement l’objet d’une intense propagande et il suffit alors de prononcer le mot de magie noire comme par exemple « Venezuela » comme il y a 40 ans on disait « Moscou » pour tenter de déstabiliser l’invité politique, ici LFI, vous l’aurez compris.

Sur ces  plateaux les monarques de l’info adorent aussi jouer les psychologues ou les comportementalistes ce qui leur évite d’approfondir les sujets, ce dont ils sont le plus souvent incapables quand ils s’y essaient. L’exemple le plus récent concerne la colère de Mélenchon lors des perquisitions déjà évoquée plus haut. Mais on peut également citer la démission de Nicolas Hulot. Une bombe cette démission car très politique ! Voilà que le ministre démissionnaire explique que les traités européens donc l’ultralibéralisme sont incompatibles avec la nécessaire transition écologique, ce que ne cesse de dire LFI. Après le coup de massue dont s’est même réjoui France Inter, non pas sur le fond mais uniquement sur le fait d’avoir été le plateau évènementiel, très vite les chiens de garde se sont repris, et sur les plateaux de débats nous n’entendions plus que la litanie sur la fragilité de Hulot, sa psychologie perturbée etc.. Une honte !

Sur ce type de plateaux nous voyons régulièrement les mêmes invités qui débitent la doxa libérale, sans contradicteurs, c’est plus facile. Ces individus sont toujours présentés comme experts, essayistes, politologues, démographes, auteurs d’ouvrages, bref il n’y a pas de raison de ne pas croire dur comme fer ce qu’ils racontent puisque ce sont les « sachant » objectifs. Mais jamais on ne vous informe « d’où ils parlent » vraiment c’est-à-dire qu’on vous cache leurs fonctions essentielles (Pdg de tel institut d’analyse, responsable de tel cabinet d’affaire ou d’investissement, pour qui, en ces qualités, travaillent-ils ?) et leurs affinités politiques. A titre d’exemple, l’émission C dans l’Air a invité pendant des années un certain Dominique Rénié, présenté comme analyste et politologue. Ses interventions étaient toujours favorables à l’idéologie libérale. Politiquement toujours bienveillant pour la droite, de plus en plus souvent pour le PS qui prenait de plus en plus souvent des décisions de droite et très malveillant pour les antilibéraux et notamment Mélenchon. Il s’était même insurgé, au moment où ce dernier était en pleine ascension dans les sondages pour la présidentielle, contre le fait qu'une étude ait pu être faite mettant en hypothèse trois duels de second tour, Mélenchon contre successivement Macron, Le Pen et Fillon, qui donnaient Mélenchon gagnant dans chaque cas. Pas étonnant quand on apprend que Dominique Rénié a été tête de liste LR aux dernières élections régionales !! Citons également ici un éditorialiste de France Inter, Bernard Guetta qui défend quotidiennement avec ardeur l’Europe libérale et qui devrait figurer sur la liste LREM pour les élections européennes ! Les masques tombent ! Sans parler de Bruno-Roger Petit, journaliste et chroniqueur politique qui écumait les plateaux de télévision pendant la campagne présidentielle de 2017 en exerçant son talent d’analyste politique (objectif bien sûr), se vexant quand on lui faisait remarquer qu’il était très indulgent avec Macron, qui est devenu porte-parole de l’Élysée de septembre 2017 à septembre 2018, emporté par l’affaire Benalla.

Quelques fois, sur ces plateaux télé, le rat est pris à son propre piège tel l’horrible rongeur des avantages conquis [sauf des siens], F. de Closets reprenant avec délectation cette infamie qu’est l’élément de langage « usagers pris en otage par les grévistes » face à un syndicaliste qui lui a renvoyé en pleine figure toute l’abjection de son propos en l’informant que lui a été véritablement pris en otage au Bataclan et a vécu l’enfer comme tous ses compagnons d’infortune. Affolement sur le plateau, de Closets bafouillant et se rétrécissant à vue d’œil sauvé par l’animateur qui se devait d’empêcher le militant du système de sombrer dans l’abysse de son indignité révélée en détournant l’attention par la relance du débat.

Enfin, et je m’arrêterai là, quand il s’agit de commenter des mesures ou lois que le gouvernement a prises et qui ont été plus que largement décortiquées (favorablement bien sûr !) dans des séquences précédentes, lorsque arrive l’émission où les experts vont sévir, l’animateur de l’émission, sous prétexte de « mieux comprendre et de contextualiser », lance un reportage où l’on débite à nouveau le discours louangeur desdites mesures, histoire de récupérer encore quelques cerveaux qui se seraient égarés !

Cette rencontre avec cette branche la plus évidente du parti médiatique (les exemples en témoignent) prouve donc qu’il existe mais sa mise en lumière ne saurait être totale si je n’évoquais pas la programmation fournie d’émissions débiles et de télé-réalités comme TPMP de Cyril Hanouna, un pote de Macron ou Les Marseillais à Miami, une véritable torture pour Gyptis et Protis. Elles ont un objectif consubstantiel : pour que la vision libérale de la société instillée dans les esprits par cette propagande devienne une évidence indépassable, il ne faut surtout pas instruire ou éduquer celles et ceux qui sont rivés au petit écran. Il faut au contraire vider leurs esprits de toute capacité de réflexion et donc de critique. C’est ce rôle d’abrutissement  confié à ce type d’émission.

 

Ainsi nous sommes bien loin de l’idée de ce quatrième pouvoir indépendant qui constituait un contrepoids aux dérives et abus éventuels des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire dont je retiendrai deux exemples historiques (ce ne sont pas les seuls) : L’Aurore qui défia la collusion antisémite politico-militaire en publiant la lettre d’Emile Zola J’accuse qui aboutira à la reconnaissance de l’innocence du capitaine Dreyfus et plus près de nous le Washington Post qui dénonça ce qui allait être l’affaire du Watergate et qui aboutira à la démission du président américain Richard Nixon. Pour être juste donnons acte à certains journaux français, papier ou dématérialisé, (Le Canard et Médiapart) d’avoir fait sortir des affaires notamment de corruption qui sans eux n’auraient pas été connues du grand public. Cependant même eux ne peuvent échapper au soupçon de partialité, ayant eu « des soucis de gestion » (on le dira comme ça), qui n’ont pas été forcément réglés en toute transparence, étant de plus, au moins pour l’un d’eux, financé en partie par des capitaux extérieurs et pas seulement par ses abonnés. Par ailleurs si ces deux supports d’information ont une coloration de gauche, il s’agit de la gauche bobo plutôt libérale qui refuse de remettre en cause les traités européens actuels (vous suivez ?...). Donnons acte également à certaines émissions du service public comme par exemple « Cash investigation » d’Elise Lucet sur FR2 qui a dénoncé d’énormes scandales remettant en cause à la fois l’Etat ou plutôt ses hauts serviteurs (ou qui devraient l’être) et des grandes entreprises qui escroquent, empoisonnent, tuent les citoyens ou répriment odieusement leurs salariés.  Alors que des poursuites auraient dû être lancées par le parquet devant l’énormité des infractions mises ainsi sur la place publique, bizarrement aucune suite n’est donnée à ces enquêtes si ce n’est qu’Elise Lucet est attaquée en justice par ces voyous dénoncés. Vivement la VIème République !

Je terminerai cette partie en rappelant deux citations que je laisse à votre réflexion. La première de Malcom X : « Si vous n’êtes pas vigilants les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment », la seconde de Bernie Sanders : « Les médias sont l’un des bras de la classe dirigeante du pays. Et ils veulent parler de tout sauf des questions les plus importantes, parce que si l’on parle des vraies questions et que les gens s’instruisent, savez-vous ce qui se passe ? Ils pourraient bien vouloir tout changer ».

 

Le parti médiatique c’est aussi…

L’idée d’enrichir et d’élargir le contenu de ce que désigne l’expression « parti médiatique » m’est venue logiquement en me posant la question de savoir si d’autres moyens existaient et étaient mis en œuvre pour agir sur les esprits en liaison directe ou indirecte avec l’idéologie libérale, pour aider au formatage des citoyens. Et là on se rend compte que si les médias d’information sont en première ligne, d’autres moyens sévissent en arrière-plan mais tout autant dans la vie quotidienne sur le court et long terme, et sont diablement efficaces généralement à votre insu. J’en ai relevé quatre, les voici.

L’entreprise. C’est l’endroit où ce qu’il reste de citoyenneté dans le pays n’existe pas, même si on est syndiqué, même si on s’inscrit dans une ligne de défense et de lutte collectives. L’employeur est seul maitre à bord. Toute sa vie professionnelle le salarié est sous injonction permanente et la casse du code du travail va aggraver sa situation. Les moyennes et grandes entreprises et administrations possèdent un service communication qui à travers ses informations sur sa stratégie, son process de production, ses projets etc… diffuse bien évidemment des éléments de langage libéraux déjà entendus mille fois à la TV ou lus dans les hebdomadaires comme compétitivité, concurrence, productivité, rentabilité avec en face le chantage à la carrière ou à l’emploi. Mais l’outil le plus efficace pour faire passer le message c’est-à-dire l’idéologie libérale c’est le management qui est la traduction dure de la communication d’entreprise !! Essentiellement basé sur la peur, la pression et l’intimidation, ce management mis en œuvre depuis au moins trois décennies a pour but et effet de déstabiliser le tissu social et de travail en individualisant tous les rapports sociaux au sein de l’entreprise afin de créer une insécurité du salarié pour mieux le maitriser, le dominer. Ce management déstructurant est donc plus un outil idéologique qu’un outil technique de gestion. Cela s’apprend et les managers sont formés pour cela. On leur inculque le rejet du conflit et donc le moyen d’y parvenir par l’appréhension des rapports sociaux et des relations de travail uniquement sur le plan psychologique. On apprend aux cadres qui seront alors dits « efficaces » la pratique du harcèlement moral et psychologique. Ces formations au management sont des outils politiques de mise en conformité des consciences afin d’affaiblir ou faire disparaitre tout contre-pouvoir interne comme le fait le pouvoir politique colonisé par la finance au niveau du pays. Là aussi, comme dans la société citoyenne, la sémantique manipulatrice est largement utilisée par la communication patronale : parallèlement à la mise à mal des salariés, on voit fleurir, à l’occasion de la mise en œuvre d’une réorganisation par exemple, les mots « projet commun, adhésion, implication, harmonie, objectifs de progrès » etc…, termes qui ont une connotation positive mais dont les effets et le sens patronal sont négatifs pour les salariés, une sorte de novlangue qui nomme par l’inverse ce qu’est la réalité des rapports sociaux et de travail aujourd’hui dans l’entreprise, avec pour chapoter le tout le concept de savoir-être qui prime sur le savoir-faire et qui en réalité renvoie au contrôle du comportement, de la personnalité, de la psychologie et de la conscience du salarié. Ainsi, quel que soit le niveau ou la position du salarié dans l’entreprise, le bourrage de crâne idéologique fonctionne à plein et s’associe parfaitement à l’action des médias.

La publicité. Elle réclame à la fois les termes d’information et de propagande. Information dans la mesure où les téléspectateurs ou lecteurs découvrent l’existence d’un produit, propagande dans la mesure où l’information est martelée sans cesse pour forcer les esprits à intégrer les messages et où elle peut être mensongère, détournée, hypocrite et donc tromper le choix des cerveaux auxquels elle est destinée. On retrouve là les caractéristiques fondamentales développées dans la première partie consacrée aux médias d’information politique. La publicité est donc d’une « aide », d’un appui tout à fait remarquable en forgeant les cerveaux à l’habitude de ce forçage consenti. Ce qui est intéressant à décrypter ce sont les messages sociaux voire politiques ou sociétaux que la publicité fait passer à l’occasion de la mise en avant d’un produit. Prenons par exemple les assurances qui mettent de moins en moins en avant leurs contrats pour automobiles mais de plus en plus des contrats pour la couverture santé, la couverture retraite : en filigrane le message est que la pérennité du système actuel va être interrompue dans peu de temps, soyez prévoyants, venez vite chez nous vous assurer. A tel point que la CNAM est contrainte elle aussi à occuper les écrans publicitaires sous forme de conseils pour ce qui la concerne, un avant-goût des luttes acharnées à venir, mais une démarche qui va accroitre ses frais de fonctionnement, jusqu’à présent extrêmement bas au regard de ceux des assurances privées. Il s’agit de la part de ces dernières d’un acte militant pour accélérer la privatisation de la santé. Ici le profit financier et le profit politique vont de pair car au-delà du placement des contrats c’est l’énorme manne financière des retraites et de la maladie qui est convoitée.

Les spots publicitaires créent et développent des besoins ou plutôt des envies ou des désirs, qui sous l’effet de cet « art » deviennent vite irrépressibles, pour des objets qui ne correspondent à aucune nécessité. Ils promeuvent en réalité depuis longtemps cette politique de l’offre politiquement défendue  et appliquée par les gouvernements libéraux et en accéléré depuis F Hollande et qui accentue le consumérisme, l’accumulation de biens faisant souvent double ou triple emploi et participe à la destruction de la planète en amplifiant la pollution. Je rajouterai ici que la publicité elle-même, par ses propres excès, est devenue un agent polluant : elle pollue nos écrans, nos entrées de villes et de villages, nos nuits citadines, nos esprits… Enfin parmi les musiques que la fonction publicitaire fait passer il y a celle du contexte quasiment « bisounours » qu’elle renvoie des entreprises vers nos cerveaux qui intègrent inconsciemment ce message contre toute réalité. Qu’on me comprenne bien, je ne parle pas ici de la glorification du produit qui est forcément toujours extraordinaire, non je parle de l’enrobage général de la publicité où la plupart du temps sont mis en scène par acteurs de pub interposés des salariés de l’entreprise concernée dont la joie lumineuse explose l’écran, un contexte de travail hyper agréable, un patron, coléreux sympathique, qui vient vous chercher sur la plage parce que vous avez oublié de rentrer de vacances, des touristes qui disent sur un ton ironique et moqueur aimer pour une fois les syndicats car la grève les contraint à rester sur leur lieu de villégiature etc… Bref la publicité impacte aussi le comportement citoyen par une manipulation plus ou moins subtile mais aux effets certains sur l’inconscient.

Les séries anglo-saxonnes. Qu’elles soient excellentes ou médiocres, les séries anglo-saxonnes qui ont envahi les écrans de télévision, dont on a bien compris qu’il s’agit d’un outil par lequel on ratisse large, ont une fonction politico-culturelle essentielle : arriver peu à peu à imposer dans les esprits le mode de vie ou les mentalités sévissant dans ces pays qu’il s’agisse de la politique, du système social et de santé, de la culture, de la bouffe, des institutions judiciaires ou policières, les églises évangéliques, sectes etc. Une volonté politique normative qui s’affirme et pénètre peu à peu notre société en frappant directement et individuellement les esprits des citoyens facilitant ainsi à plus ou moins long terme une remise en cause de nos fondamentaux par nos propres gouvernements favorables à cette rupture. Il ne s’agit pas de dire que le lien causal est immédiatement direct, non, mais il infuse peu à peu pour amener les citoyens à accepter l’intolérable pour devenir une proie facile pour nos gouvernements libéraux au plan économique mais de plus en plus autoritaires et crispés au plan démocratique et des libertés

Prenons la série « 24H » : sa philosophie revient à dire que tous les moyens sont bons, y compris les pires, pour arriver à un objectif « honorable », celui de protéger la population contre le terrorisme et donc pour ce faire on enlève, on torture, on met au secret sans jugement, bref du conditionnement mental pour nous faire renoncer à nos libertés au profit de notre soi-disant sécurité. Si ces atteintes graves aux droits de l’homme ont cours aux USA, les dirigeants de notre pays, pour le coup dans un populisme indécent car les gens croient que c’est pour accroitre leur sécurité, s’inscrivent dans cette dérive avec l’intégration de l’état d’urgence dans la loi commune, avec l’accumulation de lois répressives qui finalement servent de plus en plus à la criminalisation politique et syndicale sans que grand monde ne s’en émeuve.

Prenons la série « Dexter » : une sorte de justicier qui tue des criminels que la justice n’a pu faire condamner. Quoiqu’aient fait ces criminels, il n’en reste pas moins que Dexter agit comme eux et devient en réalité un « serial killer ». Cette série porte l’idée que la justice peut employer les mêmes moyens et méthode que ceux qu’elle est sensée combattre et cette idée peut rapidement dériver vers celle de faire justice soi-même, sans jugement. D’autant qu’en même temps le héros de la série reste par ailleurs très humain, est un très bon père de famille, un bon frère, un bon collègue de travail etc. bref à l’image du citoyen lambda. Par ailleurs il n’aura échappé à personne, quand on y réfléchit, que les références au système de santé qui émaillent fortement certaines de ces séries, mettent en évidence le caractère essentiellement privé du système américain tout en qualifiant (doublage/traduction) ce système de sécurité sociale, association de concepts qui n’est pas innocente quand on s’adresse au public français. Cette influence des séries anglo-saxonnes touche également au domaine religieux d’une part en assimilant la pratique des sectes à une pratique religieuse et d’autre part en montrant sans cesse les politiques américains jurer sur ou invoquer la bible, ce qui vient percuter de plein fouet la vision et les pratiques de la république française qui a mis en place un dispositif de lutte contre les sectes et dont l’un de ses fondements est la laïcité. Même si sur ces points nos bases sont encore solides, nous devons être vigilants quant à la domination grandissante de ces séries

Les programmes scolaires. Je ne vais pas être très long sur ce dernier point car il ne s’agit évidemment pas de se lancer dans une vaste analyse critique de l’ensemble de l’institution « éducation nationale » dont les faiblesses aujourd’hui sont essentiellement dues au fait que depuis de nombreuses années elle est soumise aux exactions d’une politique libérale qui peu à peu la détruit consciencieusement comme elle détruit le reste de la société. Je veux juste illustrer à quel point certains aspects des programmes scolaires déterminés in fine par le ministère, contribuent à engranger dans le terme long une aide pour le parti médiatique dans sa substantifique stratégie d’influence sur les esprits et principalement par l’absence ou la diminution drastique de certaines connaissances ou matières. La philosophie et l’histoire sont deux matières qui sont les fondements même du comportement du citoyen futur que sera l’élève, l’une permet de développer un esprit analytique et critique , capable de réflexion sur les idées, les concepts, les choix que le citoyen sera amené à faire en se prémunissant autant que possible des pièges tendus par toute propagande, l’autre permet d’asseoir une connaissance politique de la construction de notre pays, qui détermine un point d’appui à la compréhension de notre présent et à la construction de notre avenir, une sorte d’héritage à partager entre tous les citoyens et donc au fil du temps, universel. Partant de là, toutes les constructions programmatiques visant à faire reculer l’enseignement de la philosophie ou à la rendre élitiste comme tente de le faire le ministre actuel Jean-Michel Blanquer ou celles visant à enseigner l’histoire de façon à la rendre hachée et donc peu compréhensible sur sa longueur, altérant la perception des différents mécanismes, des causes et des effets ou à faire en sorte que certains évènements soient partiellement ou totalement absents des livres scolaires ou maltraités par eux comme la Commune de Paris, la guerre d’Algérie, l’ignoble massacre colonial des malgaches en 1947, la nature du régime qui régit encore aujourd’hui notre pays, l’image mensongère de Robespierre que nous renvoient les livres scolaires, montrent que nos enfants, dès le plus jeune âge, reçoivent une vision de leur histoire passablement tronquée, et sauf à se ressourcer par ailleurs , le futur citoyen ne sera pas armé pour comprendre le sort qui est fait à son pays et à lui-même et sera une proie facile pour les chiens de garde du système. Par ailleurs il est un domaine très important qui n’est pas particulièrement bien abordé dans le cadre scolaire, c’est l’éducation civique. Voilà une matière qui devrait contribuer à la formation du futur citoyen mais tout le débat consiste à trouver le bon équilibre entre l’enseignement des mécanismes permettant l’exercice de la citoyenneté et l’opinion qu’on peut en avoir quitte à discuter de ce qui aurait à changer et qui implique donc un débat d’opinion. C’est là toute la question à laquelle on pourrait répondre par un étalement au fil du cursus scolaire, de l’apprentissage des bases (définitions et mécanismes institutionnels présents et passés) dans les premières classes au débat sur les pertinences ou pas de cet existant ou de son évolution éventuelle dans les classes supérieures. Il me semble que cette option est la plus pertinente. Certains vont crier au risque d’endoctrinement. Sauf que l’endoctrinement c’est plutôt ce qui est fait depuis longtemps maintenant : c’est en rester aux définitions basiques, à l’apprentissage de la Constitution actuelle sans en faire ressortir les côtés négatifs (et ils sont nombreux) comme si elle était immuable. Par ailleurs avec l’absence totale de l’enseignement de l’histoire syndicale et de ses apports inestimables au plan social mais aussi démocratique et  patriotique, le passage dans le monde adulte ne va pas faciliter la prise de conscience citoyenne face au déluge de propagande de la pensée unique.

 

Ainsi le concept de « parti médiatique » recouvre bien une réalité, et une réalité bien plus large que celle des médias qui sont cependant en première ligne et agissent avec force et détermination et dans une immédiateté répétée au quotidien. Leur façon de traiter le mouvement dit des "gilets jaunes" démontre une fois de plus cet acharnement à défendre le pouvoir qui est en train de se décomposer de l'intérieur et entrainera les médias avec lui. Chacun des éléments constitutifs du parti médiatique joue son rôle  dans la maitrise des consciences, agissant comme un moule visant à créer et à maintenir un vivier salvateur du système qui lui donne régulièrement et en temps et heure son label « démocratique » même si ce dernier voit sa force réelle se réduire. Cette action du parti médiatique, notamment par sa branche « médias », se durcit au regard de l’inattendu à savoir cette percée extraordinaire d’un mouvement humaniste et progressiste, social et écologique, La France Insoumise, issue positive contrecarrant la dérive mortifère vers le RN et qui est le seul à remettre en cause les fondements de ce système défendu becs et ongles par la plupart des médias, d’où ces aboiements de chasse à courre, à cors et à cris suite aux perquisitions contre LFI, à la mise en scène et à l’ampleur injustifiées visant à salir et discréditer. Le système préfèrera toujours l’extrême droite au pouvoir qui, in fine, le protègera plutôt que de voir le mouvement LFI prendre les commandes, car alors tous les paradigmes qui font le bonheur de la finance disparaitront au profit de ceux qui mettront au centre l’intérêt général humain.

Retour à l'accueil